CapeCgue, Henri IV et la ligue, t. V
du monde n'en peuvent arrêter la marche. Cnjetan dût s'en apercevoir ; tonte son éloquence échoua devant la volonté de la majorité de l'assem.blée, qui décida que la proposition serait soumise aux Etals de Paris. Le Béarnais avait gagné plus qu'une bataille. Il avait amorti l'esprit ligueur et jeté la division dans une assemblée qui avait été réunie pour le déclarer indigne du trône de ses aïeux, en y appelant un étranger. Quelques jours après, devant les Étals, la proposition des seigneurs royalistes fut discutée, et, malgré les elîorts des plus forcenés ligueurs, il fut décidé que des conférences s'ouvriraient entre les commissaires des Etats et ceux des seigneurs royalistes.
Cette nouvelle e.xcila dans Paris une fiévreuse ardeur; chaque parti exprima , bruyamment , à sa manière , ses déceptions et ses espérances ; les prédicateurs furent les fidèles échos de ces passions diverses. Il y eut cependant des revirements étranges. On n'entendit pas sans un certain étonneraent Boucher, qui honorait habituellement Mayenne de ses insultes, exalter le lieutenant - général ; le curé Benoît vira aussi de bord, et déserta momentanément, par peur sans doute, le parti du Béarnais et l'appela, du haut de sa chaire, relaps et le déclara indigne de la couronne. Quelques jours plus tard, il changea de langage devant Mayenne même, et tint pour méchants ceux qui s'opposeraient à la conversion du roi de Navarre. Témoin de cette conduite ambiguë, Boucher qui n'aimait pas Benoît, disait ironiquement à ses confrères : « Comme les chats , Benoît tombe toujours sur ses pattes. »
C'est une singulière époque que celle dont nous traçons le tableau. Elle a pour l'historien un intérêt tout particulier; les hommes lui apparaissent sous leur véritable jour, avec leurs haines et leurs sympathies. Trop petits dans une heure orageuse pour jouer une tragédie, quoiqu'ils soient en plein dans le drame , ils égayaient constamment la scène comme dans les pièces de Shakspeare. Ils y apparaissaient avec leurs habits et leur langage de tous les jours, tenant à la main, tantôt un poignard, tantôt une marotte, faisant, tour à tour, pleurer et rire; mais plus souvent rire que pleurer; et cependant, au fond de leur jeu tragi-comique, il y a une immense question à résoudre. Au royaume déchiré, il' faut donner un chef; à des guer-