‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 94 sur 235 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

s'était joué publiquement de ce qu'il y a de plus sacré au monde, surtout quand ce prince, dont l'ambition ne reculait pas devant un parjure, menait une vie scandaleuse. Ne pouvait-il pas, comme son père de triste mémoire, devenir le persécuteur des huguenots? Henri IV, dit-on, les affectionnait; c'est vrai, mais il les aimait moins que ses intérêts. Après avoir vendu son âme à Rome par ambition, ne pouvait-il pas, si son ambition l'exigeait, lui sacrifier les réformés?

La position du roi était certainement difficile; nul ne songe à le contester; mais celle des protestants ne l'était pas moins. Le passé était pour eux la leçon de l'avenir, ne devaient-ils pas prendre leurs précautions même avec Henri IV? Les hommes passent, les édits restent; que seraient-ils devenus , si la mort du roi , survenant tout à coup , les eût laissés désarmés en présence d'un successeur qui, le jour de son sacre, eût juré comme lui leur extermination?

Ils ne voulurent jamais , comme les ligueurs, faire un Etat dans l'État; leur organisation politique ne fut que la conséquence de l'attitude, sans cesse menaçante, de leurs ennemis; et si parmi leurs chefs ils eurent quelques ambitieux qui essayèrent d'exploiter leurs rossentiments à leur avantage personnel, la masse des réformés demeura fidèle au roi et l'aida dans son triomphe définitif Leur conduite prouva surabondamment qu'ils ne demandaient à la cour qu'une seule chose: «qu'on les laissât se saouler de prêches,» et s'ils continuèrent d'avoir dans l'État une organisation qui, en apparence, était contraire à l'autorité royale, ce n'était pas pour la contrarier, mais pour l'empêcher de recommencer sous les Bourbons les iniquités des Valois; le passé leur faisait un impérieux devoir de la défiance. Les factieux sont ceux qui profitent du pouvoir

fiour opprimer et non ceux qui se mettent en garde contre es oppresseurs. On a qualifié de pamphlet l'écrit dans lequel les réformés exposaient leurs plaintes ; il n'est qu'un éloquent manifeste de leurs douleurs ; et si parmi eux quelques-uns le blâmèrent, c'était parce que la sève huguenote s'était desséchée dans leur cœur au contact de la cour, et que la terre i gagner leur tenait plus à cœur que le ciel à conquérir.

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L'homme consciencieux ne pourra refuser son admiration à ces citoyens qui , pouvant trouver leur avantage terrestre à imiter leur souverain, préférèrent demeurer dans le parti des opprimés. Les opinions consciencieuses, quand elles ont pour représentants des hommes intègres , ont droit à notre respect.

Quelque bons que fussent leurs rapports avec la cour, les députés, commençant à croire qu'on voulait les jouer, montrèrent de l'aigreur. Le roi, à son tour, fatigué de leurs instances , laissait paraître du ressentiment, et quelquefois même il mêlait à ses paroles des menaces: «Je serais fâché, écrivait -il à ses commissaires, d'en venir à des extrémités avec des gens que j'aime plus qu'ils ne s'aiment. »

Ces paroles imprudentes du roi, qui n'étaient que le résumé fidèle de la position difficile que lui faisaient les partis, blessèrent les réformés; Bouillon et La Trémouille étaient les plus irrités; ils savaient que les menaces du roi étaient à leur adresse, parce qu'on les disait les auteurs de tout ce qui s'était proposé dans l'assemblée.

Les affaires eussent probablement traîne encore en longueur, si le roi n'eût reçu la soumission du duc de Mercœur, le dernier chef de la ligue. Ce fut alors qu'il se décida à donner aux réformés l'édit dont les articles se discutaient depuis si longtemps entre les députés des assemblées politiques des protestants et son conseil. Il était alors à Nantes, à la tête de son armée. L'assemblée de Vendôme s'était transportée à Chatellerault, et c'est au moment où il la tenait, comme le dit Élie Benoît, sous son canon', qu'il donna l'édit célèbre, connu sous le nom d'édit de Nantes, du nom de la ville où trente-neuf ans auparavant les protestants, sous la direction de La Renaudie, avaient tenu leur première assemblée et forme leur conjuration contre les Guises.

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