‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 102 sur 263 · LIVRE XLVII · texte numérisé non relu

LIVRE XLVII

Wake, cet illustre primat, si digne d'avoir été le prédécesseur de celui qui occupe aujourd'hui avec tant de gloire le même siège épiscopal.

« Après avoir commencé à donner à cet illustre prélat une idée courte de la manière merveilleuse dont Dieu avait commencé à réparer les brèches que la violence, l'apostasie et le défaut de zèle, le fanatisme, le relâchement, avaient faites à son Église en France; après lui avoir parlé du rétablissement de la discipline, des consistoires, des synodes, du nombre des Églises qui étaient déjà formées, du petit nombre d'ouvriers qu'elles avaient pour les desservir, de l'abondance de la moisson, et de la nécessité d'avoir des missionnaires , je le conjurais d'en entretenir Sa Majesté Britannique et de porter cet auguste prince à honorer de sa protection royale et des riches effets de sa munificence, ces Églises qui renaissaient de leurs cendres. Le prélat fut touché du contenu de ma lettre. Il eut la bonté de parler au roi, qui en fut touché aussi, et qui promit de s'intéresser en leur faveur. » 1

Les efforts de Court furent enfin couronnés d'un plein succès. Quelques dons arrivés de l'étranger, joints aux sacrifices que les Églises s'imposèrent, formèrent un petit capital, qui fut la première assise du séminaire de Lausanne, dont la fondation fut décidée le 15 mai 1729 , date mémorable dans l'histoire du protestantisme français. Ce jour-là , sur une terre étrangère , les réformés ressuscitèrent l'œuvre que le clergé croyait avoir éteinte sous les ruines des écoles de théologie de Sedan , de Nîmes , de Saumur et de Montauban.

Les Églises, consultées sur le choix d'un directeur, se montrèrent intelligentes et reconnaissantes , en désignant d'une voix unanime Antoine Court, qui accepta, au moment même où , à la suite de deux assemblées surprises, l'une à Lunel et l'autre près Nîmes, sa tête avait été mise au prix de 10,000 livres par l'intendant Bernage. Avant de

1. Mss. des arbitres, par Court, p. 3 et 4. — Mss. P. R. — Ch. Coquerel, t. Ier, p. 193-194.

quitter le champ de ses travaux, le pasteur du désert voulut assister au synode provincial des Cévennes , qui, entre autres mesures disciplinaires, prescrivit «que l'un des jeûnes solennels célébrés en France , le serait le même jour désigné par les Églises suisses pour la célébration de l'un des leurs , afin de resserrer les liens nouveaux qui allaient unir les Eglises du royaume avec celles du pays où le séminaire venait d'être fondé ; le synode arrêta aussi d'écrire une lettre circulaire aux protestants qui vivaient sous la croix, pour leur rappeler l'obligation que leur élat de persécution leur imposait , de se rendre dans toutes les assemblées de piété indistinctement, toutes les l'ois que la Providence leur en fournirait l'occasion , sous peine d'être déclarés lâches, timides et tièdes, et séparés de l'Eglise du Seigneur par l'excommunication.» 1

Il semble que la simple prudence aurait dû dicter un ordre contraire aux membres du synode, et cependant, ce que dans nos jours de tiédeur spirituelle nous regarderions comme une haute imprudence, fut un acte de sagesse dicté par l'expérience, qui avait appris à Court et à ses collègues que la privation du culte avait été plus fatale aux protestants que la persécution la plus violente, parce qu'elle les avait familiarisés avec la dissimulation et leur avait ôté la force de confesser hardiment leur Sauveur. Dans cette époque de leur histoire, les protestants se montrèrent grands, héroïques, et furent du nombre de ceux qui ont la sainte hardiesse de dire à un pouvoir fort, violent, inique: «Juge toi-même s'il est plus juste d'obéir aux hommes qu'à Dieu.»

Le malheur des temps, le prophétisme surtout, avaient relâché les liens de la discipline. Le synode général s'appliqua à les resserrer; il voulut que tout protestant se conduisît extérieurement en chrétien et se distinguât du inonde par une conduite exemplaire; il lança l'excommunication contre ceux qui se livraient aux plaisirs de la danse. «Quand l'Église pleure, disait-il, ses membres ne doivent pas se réjouir.» Avant de se séparer, il désigna un pasteur, qu'il chargea de visiter les Églises, afin d'y rétablir la discipline. C'est ainsi que le protestantisme se retrem-

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