‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 103 sur 263 · LIVRE XLVII · texte numérisé non relu

LIVRE XLVII

pait dans les larmes, et puisait, sous la croix, les forces qui lui étaient nécessaires pour traverser les temps orageux qui se préparaient. 1

Les mesures prises par l'assemblée du Languedoc, et par celles qui suivirent , ne furent pas cependant accueillies partout avec la même faveur; les protestants des contrées qui n'avaient pas souffert comme celle des Cévennes, trouvaient que leurs frères du Languedoc avaient plus de dévouement que de prudence; ils leur transmettaient leurs observations et leurs critiques; ils étaient, surtout, froissés de l'initiative des Cévenols, qui, dans leur zèle, oubliaient qu'une parfaite égalité doit régner dans les Églises, parce qu'il leur arrivait de parler en maîtres. C'est ainsi que de petites et mesquines jalousies se faisaient jour dans les assemblées synodales, qui, malgré les misères inhérentes à notre pauvre nature, devenaient le lierre enveloppant de ses mille bras l'édifice de la Réforme pour l'empêcher de tomber en ruine.

Les hommes pieux et sensés, qui comprenaient que l'union fait la force, savaient excuser les Églises du Languedoc et leur pardonnaient leur initiative en souvenir de leurs longues souffrances et de leurs glorieux martyrs. En compulsant les monuments écrits de cette époque héroïque si oubliée de nos jours, malgré les brillants et consciencieux travaux de MM. N. Peyrat et Charles Coquerel, nous y retrouvons des traces vivantes de cette soumission profonde que les protestants avaient toujours professée pour l'autorité civile. Dans un synode provincial du Bas-Languedoc, les membres de l'assemblée prononcèrent l'excommunication majeure contre ceux de leurs coreligionnaires qui se dispenseraient de payer le tribut au roi, feraient ou autoriseraient la contrebande; mais ces mêmes hommes, qui rendent à César ce qui est à César, déclarent nulle et de nul effet sa défense d'introduire dans le royaume des livres de religion, <r attendu,

1. Synode des Cévennes, — Mss. Rab. Saint-Élieune. — Ch. Coquerel, t. Ifr, p. 200.

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disent- ils, que cela ne porte aucun préjudice au roi et à l'État.»

C'est ainsi que les tronçons épars du protestantisme se rejoignaient et tendaient à former un corps nouveau ; aussi, le spectacle le moins intéressante cette époque n'est pas celui que nous présente cette Eglise sous la croix; l'exil et la potence lui avaient enlevé ses pasteurs et ses prédicateurs, elle en cherche d'autres dans la boutique de l'ouvrier, dans la ferme du laboureur; on avait démoli ses temples, elle célèbre son culte sous le feuillage des arbres séculaires et dans les cavernes; on avait supprimé ses nombreuses et célèbres écoles de théologie, elle fonde le séminaire de Lausanne; ses synodes avaient été interdits, elle les rétablit, et renoue la chaîne de sa forte organisation, brisée brutalement par Louis XIV. Court est l'âme de cette œuvre, qui ne le cède en rien, en dévouement, en sagesse, en zèle, à celle des pères du célèbre synode du 28 mai 1559, qui de toutes les Églises formèrent cette belle Église réformée dont Court ramassa les précieux débris et devint le restaurateur.

Après un apostolat de seize ans, le pasteur du désert quitta la France et se retira à Lausanne, d'où il ne cessa de veiller sur ses frères et de se consacrer sans réserve à leur service. Absent, il fut au milieu d'eux par son esprit; leurs douleurs furent ses douleurs, leurs espérances ses espérances, leurs joies ses joies; il ne se sépara pas d'eux pour se soustraire au martyre, mais pour mieux les servir. Peu d'hommes ont eu une vie plus remplie que la sienne; sa volumineuse correspondance, ses écrits, ses mémoires, que nous avons parcourus, témoignent d'une activité peu commune. Il s'attachait surtout à pourvoir les Églises de pasteurs fidèles; car il avait pu se convaincre que si les prédicants ignorants et fanatiques étaient leur ruine , la disette de bons conducteurs ne l'était pas moins; il entendait des anciens lui dire: «Autrefois nous avions de nombreux communiants; mais depuis que nous sommes privés de pasteurs et de la célébration des sacrements, nos fidèles tombent dans l'idolâtrie et le dérèglement ; donnez-

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