Ils étaient tous prédicants
emplacements des temples de Saint-Christophe-sur-Roc, la Mothe, Lusignan et Melle; Dubreuil devant la porte d'une grange, dans le village de la Chenaye; Dauban sur la place de Fontenay, Potet sur celle de Couhé et Bonnet à Mougon.1
En prononçant ces arrêts de mort, Chebron dut regretter vivement de voir lui échapper de si belles proies; car en les livrant au bourreau, il eût extirpé d'un seul coup le protestantisme du Poitou, et fait, à lui seul, plus que Marillac et ses dragons. Il dut se contenter de la tête d'un seul prédicant.
Dans les archives de l'église wallonne de Leyde2, on a récemment découvert un manuscrit important qui jette de vives clartés sur l'histoire du protestantisme dans le Poitou, depuis la révocation de l'édit de Nantes. L'auteur, M. de L'Orte, qui était pasteur, raconte ce qu'il a vu et entendu, laissons-lui raconter le glorieux martyre du prédicant Martin.
«Martin fut donc condamné à être pendu sur la place du temple de Benêt. On lui lut la sentence trois ou quatre jours avant que de l'exécuter. Le soir que le geôlier leur déclara (c'est-à-dire déclara aux autres prisonniers), qu'il devait mourir le lendemain, comme personne ne le lui disait, il advint qu'en soupant, comme ils mangeaient de la salade, quelqu'un dit : «Cette salade est bonne, si j'en vois passer demain, j'en achèterai ;» quelques autres dirent qu'ils en achèteraient aussi, Martin dit également qu'il en voulait; alors les larmes vinrent aux yeux de tous ceux qui étaient présents. Martin apprit , par ce moyen , qu'ils avaient eu des nouvelles de sa mort. «Ne croyez pas, dit-il, que cela me fasse de la peine; ne savez-vous pas que j'attends cela de jour en jour, ne sais-je pas qu'on ne m'a point lu ma sentence pour me laisser sortir de prison? Vous pleurez sur moi, pleurez plutôt sur vous-mêmes, vous restez dans les tribulations de cette vie douloureuse, mais Dieu me fait