‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 138 sur 263 · LIVRE XLIX · texte numérisé non relu

LIVRE XLIX

fidèles, reconnut le prisonnier. Saisi de douleur à la vue de son pasteur captif et destiné à la mort, il réunit, en quelques instants, dix-sept de ses voisins, et court après l'officier commandant pour réclamer sa liberté. Sur son refus, il s'élance vers Desubas pour l'arracher aux soldats; ceux-ci, sur un signal de leur chef, font feu; l'intrépide Gourdol et quatre de ses compagnons tombent frappés mortellement, et Desubas est atteint, à la cuisse, par un coup de baïonnette.

Dès qu'on connut à Vernoux l'arrivée du captif, les protestants qui avaient le matin assisté à ses assemblées vinrent, en masse, aux portes du bourg réclamer sa liberté. ((Retirez-vous, leur dit brutalement le juge, vous n'obtiendrez rien, il subira sa peine.»

A ces mots les monlagnards forcèrent les portes et entrèrent dans le bourg en poussant des cris de colère; mais à peine étaient-ils entrés, que les bourgeois firent feu sur cette foule plus bruyante que menaçante, tuèrent trente personnes et en blessèrent plus de trois cents. Les protestants se retirèrent et se préparèrent à redescendre le lendemain à Vernoux pour délivrer le prisonnier et venger leurs morts.

Du fond de sa prison Desubas déplorait les événements dont Vernoux venait d'être le théâtre; il s'oublia lui-même et n'eut qu'une seule pensée , celle d'empêcher le renouvellement des scènes horribles de la veille; il pria ses amis qui étaient déjà arrivés aux portes de Vernoux, d'éviter toute effusion de sang. ((Retirez-vous, leur fit-il dire, je suis tranquille et résigné à mon sort.»

Cependant le bruit du massacre de Vernoux avait retenti douloureusement dans toute la contrée environnante; les paysans délaissant leurs travaux, arrivaient en masse menaçante. Le sang eût certainement coulé sans l'intervention active des collègues du prisonnier, qui les engagèrent à déposer leurs armes et à regagner leurs foyers; ils le firent, mais en murmurant, ils aimaient tant Desubas !

De Vernoux le prisonnier fut conduit à Montpellier, où son arrivée causa une douloureuse impression qui fut même partagée par l'évêque de cette ville et par quelques autres; les prêtres, touchés de sa jeunesse, le pressèrent

vivement d'abjurer pour éviter la mort, il résista à toutes leurs instances ainsi qu'à celles du commandant Ladevèze, qui désirait vivement son élargissement. Une ballade, qui fut composée après la mort du prisonnier, nous raconte, dans un style plus naïf que poétique, l'interrogatoire que le président lui fit subir, sur la religion, la voici:

Page 1