Haag, France protestante, t. VIII , p
de l'Isère, qui dans leur cours rapide durent l'entraîner vers le Rhône; probablement son cadavre échoua sur les bords du fleuve et servit de pâture aux oiseaux de proie.1
De tous les pasteurs du désert qui furent suppliciés à cette époque, celui, dont la mort impressionna le plus douloureusement les Églises, fut Matthieu Mazal plus connu sous le nom de Desubas, son lieu natal. Il appartenait à cette jeune et héroïque génération des pasteurs du désert qui avaient étudié au séminaire de Lausanne. Antoine Court avait pour lui l'affection que l'apôtre Paul avait pour Timothée'. L'étudiant en était digne, il avait une piété éclairée, un cœur aimant, une âme mâle et forte; tout prévenait en sa faveur, tant la grâce et la nature s'étaient montrées libérales pour lui. Les protestants avaient, pour leur jeune pasteur, une affection mêlée d'admiration, ils écoutaient ses conseils comme ils auraient écouté ceux du vieillard le plus expérimenté, et suspendus à ses lèvres, ils ne se lassaient pas d'écouter ses discours remplis de force et d'onction. Au contact de sa parole les cœurs ulcérés s'apaisaient, et les infortunées populations du Vivarais apprenaient à bénir ceux qui persécutent et à prier pour ceux qui maudissent.
La police avait les yeux ouverts sur le jeune prédicant qui, jusqu'alors, avait échappé à ses recherches, grâce à la vigilance ingénieuse des protestants ; mais le jour où il devait tomber entre ses mains arriva, et le 12 décembre 1743, il fut arrêté pendant la nuit au lieu du Mazet près de Saint-Agrève. A la nouvelle de son arrestation le commandant vint l'interroger, lui demanda son nom, son âge, s'il avait de l'argent et des vivres ; il répondit à chacune de ces questions; mais il refusa de dire où étaient les registres, dans la crainte de compromettre leurs dépositaires. Le commandant le fit conduire, immédiatement après, à Vernoux; mais à Cluerc, un nommé Gourdol, l'un de ses
t. Mss. de Court, Correspondance, t. XVI, p. 463-469. — Lettres à Court des 29 mai et 4 juin 1745, p. 463 et 503. 2. Mss. de Court, L. D. C, t. VI.