‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 141 sur 263 · LIVRE XLIX · texte numérisé non relu

LIVRE XLIX

Si par les ordonnances J'ai mérité la mort, Que sa toute-puissance Décide de mon sort ; C'est à ce divin Père Que j'élève mon coeur, En lui mon âme espère D'une constante ardeur.

Aucun ne me peut nuire, Sans son pouvoir divin ; Tout est sous son empire, C'est lui qui me soutient.

Sans faire résistance, Je suis prêt à partir ; Frononcez ma sentence .

Je suis prêt à mourir. »

Reprenons le fil de notre triste et lugubre histoire. Au mois de janvier, Desubas fut interrogé par l'intendant Lenain chevalier d'Asfeld, petit -neveu de Lenain-Tillemont, l'un des plus illustres soutiens de Port-Royal. Ce magistrat, selon les ordres qu'il avait reçus de la cour, l'adjura de dire la vérité.

«Je vous le promets, lui répondit-il.

— -Les Églises, continua l'intendant, ont-elles une caisse commune, des amas d'armes et des relations avec les Anglais?

— Rien de tout cela n'est vrai, répondit Desubas, les ministres ne prêchent que la patience et la fidélité au roi.

— Je le sais, Monsieur, répondit Lenain, aussi, est-ce avec douleur que je me vois contraint de vous condamner ; mais ce sont les ordres du roi.

— Je le sais, Monsieur,» répondit le martyr avec calme. Lenain et les juges ne purent contenir leur émotion.

Lenain pleurait.

Le 2 février Desubas sortit de la prison pour aller à l'esplanade, où son bûcher était dressé. Il était à demi dépouillé de ses vêtements et marchait nu-pieds et tête découverte, quatorze tambours battant aux champs l'accompagnèrent. Arrivé au bas de l'échelle, il se mit à genoux pour prier; la sérénité et la beauté de sa physionomie impressionnèrent

vivement les assistants dont plusieurs fondirent en larmes. Quand il eut terminé sa prière, il monta le premier échelon de son bûcher; on l'arrêta afin qu'il vît brûler, sous ses yeux, des homélies, des liturgies du désert et des notes synodales qu'on avait saisies sur lui. Il assista impassible à ce spectacle, puis il pria deux jésuites qui l'avaient accompagné et lui présentaient un crucifix à baiser, de le laisser mourir en paix. Quand il fut sur le sommet du bûcher, il voulut parler; les tambours, aussi impitoyables que la flamme, étouffèrent sa voix; mais son silence fut peut-être plus éloquent que ne l'auraient été ses paroles. Témoins de son héroïsme chrétiennes catholiques fondaient en larmes et les protestants bénissaient Dieu de leur donner, dans ce saint martyr, tant d'honneur et d'édification.1

Desubas avait à peine vingt -six ans, quand il mourut martyr de sa foi. Sa fin glorieuse ranima le zèle de ses coreligionnaires, tout en les plongeant dans la plus profonde douleur. Court rendit grâces à Dieu de lui avoir donné un tel disciple, et il vit arriver à Lausanne deux jeunes Dauphinois, Béranger et Gauthier, qui s'étaient voués au saint ministère, à la vue de la potence de Desubas. C'est ainsi que la foi remplissait les vides que le bourreau faisait2. La mort du jeune pasteur du désert fut pleurée comme celle de Claude Brousson; on raconta longtemps son martyre dans les vers suivants que les populations vivaraises et cévenoles chantaient dans leurs longues soirées d'hiver.

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