‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 163 sur 263 · LIVRE L · texte numérisé non relu

LIVRE L

Au milieu de ces tribulations, les Églises eurent une heure de grande espérance : le prince de Conti, touché de leurs malheurs, paraissait disposé à leur prêter l'appui de son influence auprès du Conseil. Ce prince appartenait à l'illustre famille des Condé, et avait pour aïeul ce Conti que Louis XIV haïssait et qui força l'estime de l'irascible Saint-Simon; de bonne heure il se distingua par sa bravoure sur les champs de bataille et dans les salons par son esprit caustique et mordant. Il encourut la disgrâce de la cour et s'en consola facilement en se joignant aux beaux esprits frondeurs, qui formaient l'opposition de cette époque ; comme tous les gentilshommes de son temps, il vivait en épicurien, riant de tout, se moquant de tout, même de la mort. — On raconte qu'un jour il se fit apporter son cercueil, s'y étendit et dit en plaisantant: «Il est trop étroit. » Tel était ce prince qui s'intéressa au sort des réformés. Quel fut le motif qui l'y engagea? Jusqu'ici les historiens n'ont pu le préciser, et ils en sont encore réduits à des conjectures; les uns l'attribuent à sa profonde compassion pour des hommes qui professaient la foi pour laquelle son ancêtre Louis de Condé était mort à Jarnac; les autres à l'esprit de tolérance qui pénétrait en France, grâce aux efforts de Voltaire et des encyclopédistes; quelques-uns enfin lui supposent le projet ambitieux de se rendre redoutable à la cour en reconstituant le parti huguenot, dont il aurait été le chef. Comme il nous a été impossible de pénétrer la pensée intime du prince, nous nous bornons à relater succinctement les faits de cette page aussi retentissante que stérile du protestantisme français. Un nommé Lecomte, agent non reconnu des Églises, eut le premier la pensée d'intéresser le prince de Conti à leur sort; il fut encouragé dans sa résolution par M. de Beaucourt, de Normandie, ancien officier d'infanterie , qui se chargea de lui remettre les mémoires qu'il recevrait du Languedoc1. Ce fut par son conseil que Paul Rabaut dressa, le 11 avril 1751, un mémoire destiné à être mis sous les yeux du prince; nous

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