I. Charles Coquerel, t. II, p
trine abominable qu'un père puisse ôterla vie à ses enfants pour prévenir leur changement de religion ou pour les en punir; jamais même une pareille question n'a été agitée, parce que de pareilles horreurs ne se présument pas. Ni Calvin , ni aucun de nos docteurs n'ont jamais enseigné rien de semblable, ni même d'approchant; et c'est si peu la doctrine de notre Église que nous la détestons et l'abhorrons comme également contraire à la nature, à la religion chrélienne et aux principes des églises protestantes.»1
Paul Rabaut ne pouvait garder le silence, du fond de sa retraite, d'où il ne sortait que pour fortifier et consoler ses frères, il lança dans le public un écrit dans lequel, à force d'indignation, il s'élève parfois à la plus haute éloquence*. « Nous ne nous le dissimulons pas, s'écrie-t-il, c'est nous attaquer par l'endroit le plus sensible, que de nous imputer de semblables horreurs. Que l'on confisque nos biens, qu'on nous envoie aux galères , qu'on attache nos ministres au gibet, qu'on nous rassasie d'opprobres et de supplices, mais du moins qu'on respecte les maximes d'une morale qui n'a d'autre auteur que Jésus-Christ même. Qu'on nous punisse comme de mauvais raisonneurs ou comme infracteurs de ces lois pénales que nous ne pouvons observer sans violer de plus augustes lois, mais qu'on ne nous accuse pas d'être des pères dénaturés, et de l'être en vertu des principes d'une religion toute sainte.
« La religion protestante est connue; nos ancêtres en rassemblèrent le précis dans une confession de foi qu'ils présentèrent il y a deux cents ans. Protégée parles princes du sang, professée par des sages et par des héros, soutenue et discutée à l'Assemblée nationale de Poissy, elle fut permise par un édit donné à la requête des États généraux, qui reconnurent que si nos dogmes étaient différents des dogmes catholiques, du moins notre morale était la même. La fable de l'Assemblée tenue à Toulouse n'a pu naître et ne peut s'accré-