LIVRE L1Y
Les protestants jouissaient avec reconnaissance des bienfaits de l'édit de 1787 qui les avait élevés à la dignité de citoyens ; leurs temples, sans doute, n'étaient pas debout; mais le gouvernement, de plus en plus tolérant, semblait avoir oublié les édits de proscription et. de mort rendus contre eux. L'avenir , jusqu'alors si sombre et si nuageux, laissait arriver jusqu'à eux de brillants rayons d'espérance. Un monde nouveau succédait à un monde ancien, et les regards de toute la France étaient tournés vers les Etats généraux qui allaient s'assembler pour porter un remède prompt et efficace aux maux qui depuis si longtemps affaiblissaient le royaume au dedans et l'amoindrissaient au dehors. Roi, clergé, noblesse, par leur inintelligence des besoins de la patrie commune, en avaient été, à leur insu, les termites. L'édifice, miné de toutes parts, menaçait de crouler, affaissé sous son propre poids.
Rabaut Saint-Étienne fut le premier des huit députés du tiers état que nomma la sénéchaussée de Nîmes aux États généraux. Son père, comme s'il eût eu le pressentiment des dangers qu'allait courir son fils bien-aimé, fut affligé en apprenant sa nomination qui était cependant dans les desseins de Dieu, car il allait être appelé à plaider la cause de la liberté religieuse devant une illustre assemblée. Saint-Étienne, comme tous les esprits sages et éclairés de cette époque , voulait la régénération de la France, et donner à l'édifice social, pour base l'ordre, pour couronnement la liberté; mais il croyait qu'on devait procéder lentement sans secousses violentes. Pendant la durée des séances de l'assemblée, qui commencèrent le 4- mars 1789 et finirent le 30 septembre 1791, il prit sept fois la parole et sut captiver ses auditeurs par son éloquence persuasive et douce. En l'écoutant on sentait le