LIVRE LUI
officiel; mais dans l'intimité Vernes écrivait : «Vous nous avez déchiré le cœur, vous si bon (et ses enfants à l'hôpital !), si respectueux envers le Christianisme (pour quelques pages de rhétorique!), avoir publié des pages qui réjouiront Voltaire! Je crains fort que vous n'ayez détruit vous-même tout le bien que vous aviez commencé. » On ne l'éprouva que trop tôt; les églises se dépeuplèrent et ce ne fut qu'à grand'peine que les pasteurs parvinrent à ramener les hommes au temple.
Abandon des dogmes positifs, relâchement de la foi; singulière complaisance pour l'auleur de V Emile et de la Nouvelle Héloïse, voilà en quelques mots le dix-huitième siècle à Genève; on exalte, il est vrai, son courage dans sa lutte contre Voltaire; mais la lutte n'était guère dangereuse et la défense fut plutôt une défense personnelle qu'une défense du christianisme. La décadence était complète; l'éloge de l'archevêque Wake de Cantorbéry, qui écrivait en 1724 au sujet de Genève : ce Le vrai christianisme y fleurit », ne prouve rien contre les faits. Ces faits, ils sont là, dans les registres des délibérations de la Compagnie. A la fin du siècle, il n'y a plus pour les Genevois de péché originel, plus de rédemption par le sang du Christ, plus de Sauveur, puisque Christ n'est plus Dieu, plus de pardon par grâce, plus de peines éternelles; il y a un christianisme sans Christ, magnifique cathédrale au splendide portail, mais dont les voûtes sont en ruines et dont nulle parole ne fait retentir les échos; le silence de la mort y règne. Et la main de Dieu s'appesantit sur Genève; ses citoyens se désunissent; la discorde les arme les uns contre les autres, et les livre en proie à l'étranger, dont ils s'étaient affranchis deux siècles auparavant, quand ils avaient la foi d'un Calvin et d'un Théodore de Bèze.
Grande et solennelle leçon de l'histoire !
Revenons maintenant en France pour assister aux grands événements politiques et sociaux qui ont inscrit dans les annales du monde l'immortelle date de 1789.