‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 226 sur 263 · LIVRE LIV · texte numérisé non relu

LIVRE LIV

«Je demande, pour tous les non-catholiques, ce que vous demandez pour vous: l'égalité des droits, la liberté, la liberté de leur religion, la liberté de leur culte, la liberté de le célébrer dans des maisons consacrées à cet objet, la certitude de n'être pas plus troublés dans leur religion que vous ne l'êtes dans la vôtre et l'assurance parfaite d'être protégés autant que vous , et de la même manière que vous, par notre commune loi.»

Quelques orateurs avaient cité l'intolérance de certains peuples protestants pour justifier la leur. «Nation généreuse et libre, répond Saint-Étienne , ne souffrez point qu'on vous cite l'exemple de ces nations intolérantes qui proscrivent votre culte chez elles. Vous n'êtes pas faite pour recevoir l'exemple, mais pour le donner, et de ce qu'il y a des peuples injustes, il ne s'ensuit pas que vous deviez l'être. L'Europe aspire à la liberté, attend de vous de grandes leçons , et vous êtes digne de les lui donner.»

L'orateur fait comparaître, en quelque sorte, à la barre de l'assemblée le grand peuple d'opprimés dont il est le défenseur. «Ils se présenteraient à vous, dit-il, teints encore du sang de leurs pères et ils vous montreraient l'empreinte de leurs propres fers. Mais ma patrie est libre et je veux oublier, comme elle, et les maux que nous avons partagés avec elle, et les maux plus grands encore dont nous avons été les victimes. Ce que je demande, c'est que ma patrie se montre digne de la liberté en la distribuant également à tous les citoyens, sans distinction de rang, de naissance et de religion.»'

Ce discours, clans lequel l'orateur avait fait passer tous les nobles bouillonnements de son cœur, eut un immense retentissement et ajouta à la réputation de Saint-Étienne; mais il ne put faire revenir l'assemblée sur son vote, elle ne s'arrêta pas cependant dans la réparation des injustices du passé; elle décida, le 24 décembre 1789, l'admission des non-catholiques à tous les emplois civils et militaires. Trois mois après (15 mars 1790), Paul Rabaut remplaça à

Page 1