LIVRE LIV
ter un changement de religion que de l'opérer. Jamais le déisme ne fondera un culte, et tout ce qu'il essayera dans ce genre tombera sous la risée publique. La fête fut trouvée bien longue, surtout par ceux qu'irritait le rôle prépondérant de Robespierre. On raconte qu'un représentant, moins patient que ses collègues, lui dit en termes d'une trivialité énergique: «Tu commences à nous ennuyer avec ton Être suprême.» Ce qui l'ennuyait, lui et bien d'autres, c'était le pontificat dictatorial qui tendait à s'introduire en France. Ce jour-là Robespierre prépara sa chute.» 1
Revenons aux hébertistes. Ils avaient proclamé la déchéance du christianisme, et la France de saint Louis n'avait qu'à courber la tête devant le nouveau culte dont ils l'avaient dotée. Comment auraient-iis douté du succès en présence de l'effervescence populaire et des députations des départements qui venaient leur apporter les dépouilles des églises et leur demander la suppression du culte catholique?
C'était un vrai délire, et, chose honteuse à rappeler! on vit des prêtres se joindre à ces bandes ignobles pour protester contre leur Église. Au club de Vitry-le-Français, l'évêque M..., en mission, s'écria: «Les prêtres sont des scélérats; je les connais mieux qu'un autre, puisque j'ai été leur compère.» Un autre évêque, celui de Périgueux, présenta à la Convention son épouse: «Je l'ai prise, dit-il avec un cynique orgueil, parmi les sans - culottes. » Des applaudissements frénétiques accompagnèrent ses paroles, et peu s'en fallut qu'on n'augmentât son traitement de deux " mille francs2. L'archevêque de Paris, Gobel, se présenta avec ses vicaires et plusieurs de ses curés à la barre de la Convention; ils déposèrent aux pieds de l'Assemblée qui les acclama leurs ornements sacerdotaux. «Citoyens, dit le président à l'archevêque et à ses prêtres, vous êtes dignes de la République, puisque vous avez sacrifié sur l'autel de la patrie ces hochets gothiques.» Il descendit de
1. De Pressensé, l'Église et la Révolution française, p. 294.