‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 237 sur 263 · LIVRE L1V · texte numérisé non relu

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lois, courbait aussi la tête. C'était le plus beau et le plus brillant moment de la servitude.

Quand un prince possède un pouvoir sans contrôle, il est bien difficile que sur le faîte où il est placé sa tête résiste au vertige. Louis XIV pouvait tout oser; il osa tout. Les fautes se succédèrent avec une terrible régularité; il fit, sur son lit d'agonie, l'aveu qu'il s'était trompé: c'était trop tard. Il légua à sa mort à son seul et unique héritier un pouvoir absolu et une France ruinée.

La monarchie telle que Richelieu et Louis XIV l'avaient faite ne pouvait subsister qu'à la condition que la Providence donnât à la France un prince capable de tenir d'une main ferme et intelligente les rênes du pouvoir. Pour la châtier, elle lui donna le régent qui jeta dans le dévergondage une cour qui, sous Louis XV, devint un lieu de prostitution. Nous ne dirons rien à cet égard qui déjà n'ait été dit et qui ne soit noté en première ligne parmi les causes les plus apparentes q#i préparèrent la ruine de la monarchie.

Pendant la régence et le règne de Louis XV, la presse, muette sous Louis XIV, commença son œuvre, et les sapeurs de la monarchie, ayant à leur tête Voltaire et Jean- Jacques Rousseau, se mirent activement à l'œuvre; et pendant que l'un apprenait à la France à rire de tout, à se moquer de tout, l'autre reprenait la thèse d'Hotman et de Jurieu et affirmait, contre le droit divin des rois, la souveraineté du peuple. Ses hardiesses pénétrèrent peu à peu les esprits cultivés, pendant que Louis XV, qui affichait sa vie infâme, ruinait, plus activement encore que le célèbre citoyen de Genève, l'antique et traditionnel respect' que le peuple avait pour son roi.

Un jour tout croula; tout s'abîma dans un terrible cataclysme; et cependant supprimez de l'histoire la révocation de l'édit de Nantes, et la monarchie de saint Louis demeurera debout, malgré les fautes et les vices de ses rois, c'est sur ce point que nous sommes en désaccord avec la plupart des historiens.

Le jour où, aveuglé par son orgueil, son bigotisme, Louis XIV se décida à extirper ce qu'il appelait l'héré-

sie, la France comptait quinze cent mille protestants; ces hommes étaient les vrais nourriciers de son royaume. Grâce à leur intelligence, ils faisaient fleurir l'agriculture, le commerce et l'industrie; ils fournissaient à ses armées de terre et de mer de vaillants soldats et d'habiles capitaines, et se rendaient recommandables par la pratique des vertus chrétiennes qui sont les vraies assises des monarchies comme des républiques. D'un trait de plume Louis XIV se priva de leurs bras, de leur activité, de leur intelligence, de leurs vertus, de leur courage, du culte qu'ils rendaient à la royauté. L'étranger recueillit ces glorieux débris dont la France s'appauvrit.

Supposons maintenant que ce prince eût , comme il l'avait promis le jour de son sacre, respecté l'œuvre réparatrice de son aïeul, et que les protestants eussent joui sous lui de leurs droits de citoyen, les événements de son règne n'eussent-ils pas été profondément modifiés? eût-il entrepris toutes ces guerres qui mirent son rofaume à deux doigts de sa perte? l'émigration eût-elle dépeuplé ses plus riches provinces et ruiné son commerce? Si aux yeux des publicistes de mauvaises finances sont une source de dépérissement pour les États, qui n'avouera que les folies financières de la régence eussent, été épargnées au royaume, si les protestants eussent été les grands et les seuls banquiers du pays? Hommes intègres et droits, ils eussent opposé leur positivisme aux théories téméraires de l'Écossais Law, et la France n'eût pas été témoin de cette fièvre d'or qui s'empara d'elle, la démoralisa et la ruina. — ■ Quoique peu nombreux eu égard à la masse de la population catholique, les protestants auraient grandement pesé dans la balance par leur instruction et leurs richesses; leur place eût été partout et aux premiers rangs: dans les armées, dans les administrations publiques, dans les ambassades, dans les conseils du souverain, leur influence se serait fait sentir. Que de fautes n'auraient-ils pas empêchées! Que de bien qui ne se fit pas se serait fait! Et Voltaire et Rousseau auraient-ils, le premier, corrompu l'esprit public; le second, sapé le droit divin des rois, si les

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