‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 239 sur 263 · LIVRE LIV · texte numérisé non relu

LIVRE LIV

national qui me fasse perdre les formes et la contenance d'un tyran.» •

Les efforts généreux de Saint-Étienne, pour sauver le descendant des persécuteurs de ses frères, furent inutiles. Le roi, comme le dit M. de Sèze, son défenseur, cherchait parmi les conventionnels des juges et n'y voyait que des accusateurs. L'assemblée se déclara compétente. Saint-Étienne reconnut, avec la presque totalité de ses membres, la culpabilité de l'infortuné monarque; mais il plaida, avec force, en sa faveur les circonstances atténuantes (il y en avait tant!), afin de détourner le glaive fatal de dessus sa tête royale ; il demanda l'appel au peuple, il fut rejeté ; il se rallia alors à ceux qui demandaient la détention ou le bannissement à la paix. Les conventionnels étaient incertains, la majorité penchait pour cette dernière peine, quand Vergnaud s'élance à la tribune et, dans le plus beau discours qu'il eût encore prononcé , il fait pencher la balance et la mort est votée.

L'exécution du roi fut le signal de faire tomber des têtes; le monstre (la Convention) se dévora lui-même; et pendant que tout ce qu'il y avait de noble et de généreux en France, gémissait dans les cachots, montait sur l'échafaud ou défendait les frontières de la France contre l'invasion étrangère, la guillotine était en permanence. Sous le couperet de Sanson , le célèbre exécuteur des hautes œuvres de la Convention, tombèrent tour à tour les têtes des Girondins, des Hébertistes, des Dantonistes, de Robespierre et de ses amis. Saint-Étienne ne pouvait être oublié; le 2 juin 1792, il fut arrêté; mais il parvint à s'échapper, et se réfugia dans les environs de Versailles. Du fond de sa retraite il écrivit, sous la date du 20 juin, aux citoyens du Gard pour justifier sa conduite et les engager à provoquer un mouvement contre le despotisme de la capitale1: «Si les départements, leur disait-il, ne se prononcent pas avec énergie, c'en est fait de la liberté. Les bons citoyens de Paris les attendent et béniront leurs libéra-

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