‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 57 sur 263 · LIVRE XLVI · texte numérisé non relu

LIVRE XLVI

la vieille guenipe, et le père Letellier l'a menée à sa fin; c'est par là que la France a été entièrement ruinée. Je crains que Mme de Maintenon ne meure comme la Gorgone, et qu'après sn mort elle ne produise encore beaucoup de monstres. Si elle était morte il y a trente ans, tous les réformés seraient encore en France , et leur temple de Charenton n'aurait pas été rasé. » 1

A la mort de Louis XIV le pouvoir tomba des mains de Mme de Maintenon dans celles du régent contre lequel elle avait tant cabalé. Madame qui, jusqu'à cette époque, quoique respectée , n'avait eu, pour ses anciens coreligionnaires, que ses vœux et les larmes qu'elle versait en secret , sollicita, avec un zèle vraiment chrétien, auprès de son fils, pour qu'il brisât les chaînes des forçats protestants. Le régent libéra soixnnte-huit de ces infortunés , mais il s'arrêta là. La nécessité de ménager l'épiscopat , son scepticisme, son indolence naturelle et son goût immodéré des plaisirs le rendirent insensible aux cris de douleur des réformés, et sa mère continua vainement à intercéder pour eux , et elle eut la douleur d'être le témoin malheureux et impuissant des orgies de la régence. 2

Quand les protestants apprirent le rappel des jansénistes, ils crurent que de meilleurs jours allaient se lever pour eux , ils ne tardèrent pas à s'apercevoir qu'ils étaient encore le jouet de leurs illusions. Le régent écrivit aux commandants de province qu'ils maintiendraient les édils contre les religionnaires , il ajoutait seulement qu'il espérait trouver, dans leur bonne conduite, l'occasion d'user des ménagements conformes à sa clémence. 3

En maintenant les édits, le régent ne voulait pas leur stricte exécution , mais ceux qui en étaient chargés dans les provinces, étaient les mêmes hommes qui avaient si bien secondé le clergé dans ses désirs insatiables de des-

1. Madame donne trop d'importance politique à Mme de Maintenon.

2. Bulletin de la Société de Thist. du prot. franc., t. Vf, p. 521 et suiv., art. signé Ath. Goquerel fils.

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