‹ Histoire de la réformation française (volume 3)Chapitre 62 sur 263 · LIVRE XLVi · texte numérisé non relu

LIVRE XLVi

Ce fut à cette secte bigarre que Vesson s'affilia.

Le jour de sa réception (25 décembre 1722), il se laissa imposer les mains par les trois grands sacrificateurs Bonicel, Bourely, jeune garçon de seize ans, et Antoine Comte, et s'engagea « à leur servir de ministre et de prédicateur, à ne rien faire sans leur avis et à être, en tout et toujours, à leurs ordres, enfin à porter l'arche de vérité. »

Vesson ne fut que trop fidèle à son serment. Pendant deux ans, il tint, ainsi que ses compagnons de folie, des assemblées secrètes, et fit des prosélytes au milieu de ces personnes qui, par leur amour des nouveautés, leur esprit inquiet et leur vanité, paraissent prédestinées à devenir la proie des premiers aventuriers religieux. La secte des multipliants s'accroissait1, lorsque la police vint les troubler dans la célébration de leurs étranges rites. Au moment où elle pénétra dans l'appartement où ils étaient assemblés, les trois sacrificateurs portaient un bonnet ressemblant à un casque, ceint de papier doré et d'aigrettes, et tenaient à la main une canne de roseau d'où pendait un étendard de taffetas. Ils étaient aussi revêtus de baudriers qui représentaient la bandoulière des gardes du Roi des rois , au bout desquelles il y avait pour clef les commandements qu'il donna à Moïse sur la montagne de Sinaï. Ils étaient éclairés par une lampe de sept lumignons, qui représentaient les chandeliers de Salomon. Leur chaire représentait la montagne d'Oreb. Chacun des sacrificateurs avait quatre tentes sur lesquelles, entre autres, étaient attachées des étoiles qui symbolisaient les nouveaux cieux^ etc.2

Les assistants furent arrêtés et mis en jugement. L'intendant Bernage, de Saint-Maurice, livra au bourreau, Vesson, Bonicel, Comte et une prophétesse, condamna Borely, à cause de sa jeunesse, aux galères, avec quatre autres disciples de Vesson. Sept femmes furent enfermées à perpétuité dans la tour de Constance; la maison dans laquelle ils célébraient leur culte, fut rasée. La justice fut cruelle à leur égard; plus juste, elle aurait condamné les multipliants à être enfermés dans une maison d'aliénés.

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