LIVRE XLVIÏ
montra autant de courage que de sagesse: «Mieux vaut, se dit-il, qu'un poste demeure vacant que s'il est mal rempli;» et il faisait éconduire ceux qui n'avaient d'autre vocation au ministère que le désir de quitter une navette de tisserand ou une charrue de laboureur. A ses yeux, le zèle même ne suffisait pas pour être pasteur; il demandait une vie exemplaire, un dévouement sans bornes, une piété éclairée, sinon la science, du moins assez d'instruction pour éviter les écarts de l'ignorance et les écueils du fanatisme. De là la disette de prédicateurs. En former, fut l'une des idées dominantes d'Antoine Court et la plus féconde en bons résultats.
Ce fut au moment où il ne vivait, ne respirait, ne travaillait que pour les Églises, que de misérables envieux faisaient monter jusqu'à lui leurs calomnies. Celui qui s'en faisait l'écho, était un gentilhomme d'Alais, nommé Duplan ; les Églises confédérées du Languedoc l'avaient envoyé, le 1er mars 1725, auprès des puissances protestantes, pour leur demander des secours pécuniaires et les décider à intervenir en leur faveur auprès du cabinet de Versailles.
Duplan résidait à Londres, en qualité de député général des Églises, auxquelles il avait déjà rendu des services signalés; mais en se mettant en rapport avec les prophèles cévenols, leur fanatisme avait un peu déteint sur lui : ce qui avait indisposé le cabinet britannique et les Églises, qui le menacèrent de lui retirer leur confiance et de supprimer son traitement. Court surtout ne lui ménagea ni ses conseils, ni ses censures, auxquelles Duplan répondit par des récriminations, et prétendit qu'il ne l'accusait que pour le supplanter. La querelle s'envenima ; elle aurait pu devenir irritante, si les antagonistes n'eussent pas déféré leurs différends à des arbitres; mais cela n'empêcha pas les envieux de Court de continuer à propager contre lui dans le public des bruits malveillants. «Il perd, disaient-ils, son temps auprès de sa chère Rachel (sa femme), et à la chasse qu'il aime passionnément.»