‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 122 sur 258 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

En apprenant la nouvelle du traité de Nemours, le roi de Navarre ne prononça pas une seule parole; il tint longtemps sa tête appuyée sur ses mains; quand il la releva, la moitié de sa moustache avait blanchi1; il crut, dans ce moment, à l'anéantissement de son parti: «Malheureuse France! s'écria-t-il, je ne pourrai donc rien pour toi!»1

La position du Béarnais paraissait désespérée : il avait contre lui le roi, Guise et Philippe II, vainqueur dans les Flandres; l'Allemagne et l'Angleterre étaient des alliés sur lesquels il n'eût pas été sage de trop compter; il se trouvait à la tête d'un parti divisé; ses principaux généraux, le vicomte de Turenne et d'autres s'attendaient, comme quelques grands chefs de la Ligue, à un démembrement de la France, et se préparaient à s'enrichir de ses débris. Pour surcroît d'infortune, quelques grandes villes protestantes, Montauban, Nismes, La Rochelle, manifestaient des velléités de républicanisme et tendaient à devenir des villes libres indépendantes. On comprend donc les douloureuses angoisses du Béarnais. Mais après les premiers moments donnés à l'abattement, il se redressa comme un bon et fin voilier au milieu de la tempête, sentant que c'était le moment, non de gémir, mais d'agir. Il communiqua son énergie à ses capitaines qui comprirent qu'en présence d'un péril imminent leur force était dans leur union, et, faisant taire, les uns leur ambition, les autres leurs rancunes, ils se rangèrent sous une seule et unique direction. Sans

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