Henri Martin, liv. X, p
dant a son explication dans les mœurs du temps : il proposa à Henri de Guise un combat singulier, que celui - ci n'accepta pas. Le peuple et le clergé admirèrent son courage : «Il s'est conservé, dirent -ils, pour le salut de l'Eglise. 1 »
Quinze jours après la publication de la déclaration, trois députés de Henri III arrivèrent à Nérac et sommèrent le roi de Navarre de rendre ses places de sûreté et de suspendre partout l'exercice de la religion prétendue réformée pendant les six mois de délai que le dernier édit accordait aux protestants pour se convertir : moyennant cela, la cour promettait de le contenter. Les députés lui firent espérer la prochaine convocation d'un concile et lui proposèrent une conférence avec la reine mère ; ils offrirent enfin de rappeler les troupes catholiques qui s'avançaient au midi vers la Loire si , de son côté , il voulait faire arrêter la marche des reîtres allemands que la cour croyait sur le point d'entrer dans le royaume. 2
Le roi de Navarre n'accepta de ces propositions que la convocation d'un concile légitime et une conférence avec la reine mère. Les députés retournèrent chez eux sans avoir obtenu ce que la cour voulait avant tout obtenir. Au retour de ses envoyés , Catherine comprit que le Béarnais ne serait réduit que par les armes ; elle chercha donc des soldats et de l'argent. Dans sa colère, elle réduisit à quinze jours le délai de six mois qu'elle avait accordé aux réformés pour sortir du royaume ; leur détresse fut extrême : les confiscations succédaient aux confiscations , les arrêts de mort aux arrêts de mort ; les uns se cachaient , les autres prenaient douloureusement le chemin de l'exil; beaucoup d'entre eux se réfugièrent auprès du Béarnais, qui partagea avec eux son dernier morceau de pain. «Quant à nous, disait-il gaîment à ses soldats, nous irons chercher nos vivres dans le camp de la ligue.» Il n'avait ni argent, ni crédit. Au sortir d'un conseil où son indigence avait été constatée, il prit à part Rosny : «M. de Rosny, lui dit -il, ce n'est pas tout de bien dire, il faut encore mieux faire; n'êtes-vous pas résolu que nous mourrions ensemble? Il