‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 130 sur 258 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

nisse présentement deux cent mille écus, car pour soutenir la guerre, il m'en laut quatre cent mille par mois.»

Achille de Harlay et le cardinal, qui ne s'attendaient pas à cette apostrophe à brûle-pourpoint, voulurent répliquer; Henri III leur imposa silence: «Vous avez, leur dit -il, désiré la guerre, subissez-en les conséquences; en voulant détruire le prêche , il est bien à craindre qu'on ne remette la messe en grand danger.1» Henri III disait vrai; mais il trahissait ses secrètes pensées et donnait des armes contre lui, en détruisant le peu de confiance que le parti catholique i pouvait encore avoir en lui. Le courant néanmoins fut plus fort que lui : il fut obligé de commencer les hostilités et i de charger Guise d'arrêter dans l'est les reîtres et Mayenne i d'attaquer le Béarnais dans la Guyenne. La guerre des trois Henri commença.8

Les lenteurs calculées de Henri III donnèrent aux réformés le temps, non-seulement de se refaire des armées,, mais encore de commencer les hostilités et de donner de leurs nouvelles à la cour par des succès. Dans le Dauphiné un gentilhomme, qui devait plus tard se rendre célèbre, Lesdiguières, s'emparait de Die, de Montélimart et d'Embrun. Le prince de Condé, qui voulait s'élever par quelque action d'éclat, et qui ne savait pas toujours cacher la jalousie que lui inspirait son cousin le roi de Navarre, allait de succès en succès dans l'ouest; plus intrépide que réfléchi, il était sur le point de se rendre maître de Brouage, qu'il assiégeait, quand il apprit que le château d'Angers lavait été surpris par quelques aventuriers huguenots, qui [s'en étaient emparés par un audacieux coup de main; il [quitta Brouage , laissant à ses lieutenants le soin de conti- Inuer le siège et se porta sur Angers. Le 21 octobre 1581 lîl fut devant cette place. Il arriva trop tard : le capitaine

: 1. Mémoires de la ligue, t. Ier, p. 199. -— Vict Palma Cayet,

Chronologie novenaire. — Davila, liv. VII.

2. C'était depuis 1 5G3 la huitième guerre civile : elle fut appelée i la guerre des trois Henri, parce que Henri III s'y trouva à la tête ; des politiques, Henri de Guise à celle des ligueurs, Henri de

Bourbon à celle des protestants.

qui tenait le château pour lui ayant été tué, ses soldats avaient rendu la place au duc de Joyeuse. Condé attaquaieg faubourgs de la ville; après deux assauts sans succès, il donna l'ordre de la retraite ; sa petite armée fut poursuivie par Mayenne, Epernon, Biron et Joyeuse: elle était perdue si elle n'eût pas eu l'idée de se disperser. Condé gagna les côtes et s'embarqua pour Guernesey. Ses chefs s'échappèrent isolément à travers mille périls: pas un ne périt; les zélés huguenots, qui se croyaient constamment sous la protection de Dieu , y virent presque un miracle. Les affaires des protestants n'étaient pas meilleures dans la Saintonge et dans le Poitou : la terreur les gagnait ; un grand nombre apostasiait. Ceux qui préféraient le salut de leurs âmes à leurs vies et à leurs biens prirent le chemin de l'exil. C'était navrant de voir ces infortunés , traînant après eux des vieillards, des femmes éplorées, des enfants, quitter le lieu qui les avait vu naître pour aller demander à la terre étrangère du pain pour leurs corps, la liberté pour leur foi. Un nouvel édit que la ligue imposa au roi (17 octobre 1585) vint ajouter à leur infortune. Il réduisit à quinze jours le délai qui leur était accordé pour sortir du royaume; celui de six mois fut seulement maintenu pour les femmes : ce délai écoulé, l'édit portait «que tous les biens des réfraetaires, de même que ceux des rebelles à main armée et de quiconque les assisterait directement ou indirectement, seraient confisqués et appliqués aux frais de la guerre.»

Le parlement, qui avait enregistré, sauf quelques restrictions, l'édit de Nemours, rejeta celui d'octobre; les conseillers comprirent que la guerre que les ligueurs faisaient contre les huguenots ne pouvait avoir d'autre résultat que de réduire à néant l'autorité royale. c( Qui osera, disaient? les conseillers au roi , exposer à la mort tant de millions d'hommes , femmes et enfants sans cause ni raison apparente, vu qu'on ne leur impute d'autre crime que celui d'hérésie, hérésie encore inconnue, ou pour le moins indécise , laquelle ils remettent au jugement d'un concile national ? Que dira la postérité , si elle entend jamais que votre cour de parlementait mis en délibération d'honorer du nom paternel de vos édits les articles d'une ligue assemblée contre l'État, armée contre la personne du roi et qui s'élève contre Dieu même et dépite la nature, commandant

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