Mémoires Je !a ligue, t. Ier
phlet, résumé fidèle de l'esprit de la ligue. Il ne met pas en doute que le Béarnais ne soit, par sa double qualité d'hérétique et de relaps, exclu de la couronne. «Si saint Louis, disait-il, était juge en ce différend et qu'il eût à prononcer si le roi de Navarre doit succéder à la couronne, non -seulement il le déclarerait indigne de la succession ? mais de la vie. » Louis d'Orléans désignait Henri de Bourbon a la haine des plus fanatiques de son parti. Le pamphlétaire ne veut pas même du Béarnais avec une conversion au catholicisme : «S'il n'est pas le plus fort, dit-il, il feindra de se refaire catholique, il ira à la messe. Voyez, s'écrie-t-il, comme il joue le personnage du compère le renard , afin que plus facilement il puisse entrer dans votre état. Il vous donne à entendre qu'il ne désire que d'être instruit et qu'il n'a jamais connu d'autre religion que là sienne, et même qu'il y a grande apparence qu'il se réduise à l'Eglise catholique. A cette occasion il écrit aux prélats et aux villes de faire le frère Mitou , selon que la Roquelaurë lui a conseillé. Mais ces dissimulations sont trop grossières vu que l'on y voit le jour à travers. ... et à la vérité la dissimulation du roi de Navarre n'est qu'un piège pour vous prendre; car il lui suffit d'être établi et se croire maître' de vos villes pour jouer, puis après , une sanglante tragédie sur les catholiques.
«Et pour parvenir à ce dessein, il désire, dit-il, d'être instruit, n'ayant jamais été autre que calviniste , c'est-àdire en bon français qu'il ne fut jamais qu'hérétique. Voilà donc une reconnaissance pleine de turpitudes , qu'un roi veut être roi de France et se reconnaisse hérétique, nourri et élevé au sein des hérétiques , et jamais n'avoir été qu'hérétique. Il devrait ajouter qu'il avait été chef des hérétiques, qu'il avait abattu vos temples avec les hérétiques et fait égorger mille et mille catholiques comme conducteur des troupes hérétiques. »
Après avoir proné les temps pendant lesquels la France avait retenu la foi de saint Louis, le pamphlétaire dit aux ligueurs: «C'était lorsque votre terre était si religieuse que l'hérésie n'y pouvait prendre pied. Le lézard mourait près de la vigne et n'y pouvait entrer. Voudriez-vous donc qu'un hérétique commandât à un peuple si chrétien ? Poseriez-vous sur un corps humain la tête d'un serpent pour