‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 197 sur 258 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

ni.

Pendant que le roi , affaissé sur lui - même et privé de sages et habiles conseillers , ne savait pas comment il sortirait de la situation dans laquelle il se trouvait, les ligueurs ne demeuraient pas oisifs. Le divorce entre Henri de Valois et les zélés catholiques était consommé ; c'était maintenant au sort des armes à décider. Comme tous les pouvoirs irréguliers, qui naissent aux jours des ébullitions populaires, les Seize procédèrent révolutionnairement ; il fallait au peuple des émotions , ils lui en donnèrent ; il fallait des coups d'État , ils en firent.

Depuis le lendemain du jour où l'on apprit à Paris la nouvelle de l'assassinat des princes lorrains, l'agitation alla toujours croissant; le 40 janvier, elle avait atteint son dernier degré. Tous les petits enfants de Paris furent réunis dans le cimetière des Innocents; là, rangés en colonnes serrées, ils se dirigèrent vers l'abbaye Sainte-Geneviève. Quand la tète de l'immense cortège entra dans le porche de la vieille église , tous éteignirent leurs cierges , par terre , en criant d'une voix lugubre : «Dieu éteigne la race des Valois!» L'effet de cette habile mise en scène fut prodigieux; on ne douta plus de la ruine de la famille qui avait déjà donné douze rois à la France , car la malédiction de Dieu paraissait visible sur elle. Ce n'était plus, aux yeux du peuple, une cause politique qu'on l'appelait à défendre : c'était celle de Dieu. Jamais, dans leurs plus mau- , vais jours, les ligueurs n'avaient haï les protestants comme ; dans ce moment ils haïssaient Henri III et son entourage; à leurs yeux ils étaient pires que des hérétiques : c'étaient des impies qui avaient trahi la sainte Église et trempé leurs mains dans le sang de princes chéris de Dieu. Pendant six semaines Paris fit trêve à ses plaisirs : les églises furent toujours remplies, les chaires toujours occupées; les processions succédaient aux processions ; les discours les plus étranges se mêlaient aux pratiques les plus superstitieuses. •

En lisant les récits de cette lamentable époque , on dirait que la haine y prononça son dernier mot, tant il y avait de passion dans les diatribes de ces prêtres qui ressem-

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