‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 199 sur 258 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

présents, nous n'abandonnerons pas nos chefs; marchez, nous vous suivrons.» Achille de Harlay, prévenu de ce qui devait se passer , voulut racheter la honte de sa faiblesse devant Guincestre. « Si les ligueurs doivent me chercher quelque part, dit-il, c'est sur mon siège.» Il ne voulait pas en descendre, mais s'y faire tuer; il céda enfin aux prières de ses collègues. Paris eut, ce jour-là, un spectacle d'une nouveauté bien étrange : il vit les magistrats de la plus haute cour du royaume traverser ses rues en robes rouges et manteaux d'hermine*. Ce spectacle, qui aurait dû lui ouvrir les yeux, ne lui arracha que des railleries et des huées. Il était fou. Quant au parlement, il subissait une humiliation méritée; après avoir été l'instrument docile des colères de Charles IX, qui lui avait demandé de déclarer infâme la mémoire de l'amiral et de légitimer l'assassinat de ses sujets, il était devenu le jouet de quelques furieux démagogues. Les expiations viennent toujours pour les corps, qui, chargés de veiller à la justice, se font les lâches complaisants de ceux qui la foulent aux pieds.

Comme on ne pouvait se passer d'un parlement, on en fabriqua à la hâte un autre avec ceux des conseillers que la crainte avait retenus chez eux et avec ceux qui , emprisonnés à la Bastille , n'eurent pas le courage de persister dans leur noble résistance. Le 49 janvier, c'est-à-dire trois jours après, Paris eut une cour épurée ayant à sa tête le président Brisson, homme savant, mais faible: honteux du rôle qu'on voulait lui faire jouer, ce magistrat fit secrètement, chez un notaire, la déclaration que ce n'était que par contrainte qu'il acceptait. Cette protestation l'ac- ; cuse plus qu'elle ne l'absout, et le fait paraître bien petit à côté du conseiller Dubourg, montant sur son bûcher plutôt que de renier sa foi religieuse.

Plus courageux ou plus habiles que le président Brisson, le plus grand nombre des politiques, qui échappèrent aux : poursuites de Bussy-Leclerc , cherchèrent les moyens de | fuir. Ils ne le firent pas sans d'immenses difficultés; leur vie fut même en danger. La ligue avait inauguré le règne de la terreur.

1. Mémoires de la ligue, t. m. — Davila, liv. X. — Pasrrmer, Uv. XUI,cbap. IX, p. 379.

$9â HISTOIRE I>E LA RÉF0RMATI0N FRANÇAISE.

Avec un parlement ainsi épuré, les ligueurs pouvaient tout oser : ils osèrent tout ; sous leur pression il fit ce qu'ils voulurent. Il prononça la déchéance de Henri III , flétrit sa mémoire et confirma le décret de la Sorbonne1; les parlements de province imitèrent celui de Paris.

Quelques jours après, la duchesse de Guise se présenta devant la cour, en grands habits de deuil, pour lui demander justice contre l'assassin de son époux. Le parlement, sans la moindre hésitation, commença une vaste procédure contre Henri de Valois et ses complices. En retraçant ce souvenir, l'historien est saisi de dégoût, tant les hommes lui paraissent dégradés.

Tout pouvoir qui n'a pas pour lui la justice est toujours violent, et rarement fort; tel était celui qui se personnifiait dans un Senault et dans un Bussy. Il pouvait durer ce que dure un feu d'épines, pas davantage. Les seigneurs attachés à la fortune des princes lorrains , ne tardèrent pas à comprendre que l'autorité était tombée tout entière aux mains de personnes de basse extraction, intrigants criblés de dettes et habiles à manier la populace. Un seul homme, dans ce moment, pouvait contre-balancer leur influence: c'était Mayenne , de tous les Guises le seul qui représenta dignement sa puissante maison. Aux qualités du capitaine il joignait l'habileté du diplomate. Ambitieux comme ses frères, il était modéré dans ses désirs; il ne courait pas au-devant des événements : il les attendait; des membres de son parti il était le seul qui pût se mettre à sa tête, et cependant il manquait de la qualité la plus essentielle pour un sujet qui lutte contre son roi : la volonté inébranlable d'atteindre un but , au risque d'y perdre la vie. C'était le côté faible de sa nature ; mais c'en était aussi le plus honorable : le grand homme y perd, l'honnête homme y gagne, La ligue ne pouvait mettre à sa tète un chef plus capable , dont l'honorabilité bien connue était rehaussée de l'éclat que ses deux frères assassinés faisaient rejaillir

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