LIVRE XIV
La cour ne devait pas recueillir les fruits qu'elle attendait de ses assassinats. Un moment, cependant, elle le crut : les prostestants, sous le poids de la terreur, se laissaient, les uns égorger sans résistance, les autres prenaient le chemin de l'exil; un grand nombre, à l'exemple du roi de Navarre et du prince de Condé , sauvaient leur vie au prix d'une lâche et honteuse abjuration. En Angleterre et dans les états protestants de l'Allemagne, on crut à leur complet anéantissement; mais au moment où, sous les yeux du roi, Briquemaut et Cavagnes étaient exécutés à la lueur des flambeaux, un cri terrible, arraché par l'horreur et l'indignation, partit du milieu des victimes. Il frappa la cour d'étonnement et de terreur; les protestants s'étaient levés comme un seul homme, et, comme nous l'avons déjà dit, à la pointe des poignards de leurs assassins ils opposaient la pointe de leurs épées. Or ceux qui criaient vengeance n'étaient point des nobles ; ils avaient presque tous disparu dans la tourmente. C'étaient des bourgeois; ces hommes qui, jusqu'à ce moment, s'étaient
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effacés devant la gentiîhommerie huguenote, ramassèrent d'une main hardie, dans le sang de leurs frères, le drapeau de la réforme, et se préparèrent à vendre chèrement leur vie. Nismes, Montauban, la Rochelle fermèrent résolument leurs portes.
De toutes les villes insurgées à la nouvelle du massacre de Paris , la Rochelle , à cause de sa position topographique , fut celle qui donna les plus vives inquiétudes à la reine, et, chose étrange, pendant que la Seine, le Rhône et la Loire charriaient les cadavres des protestants assassinés *, Charles IX osait assurer les Rochellois de sa bienveillance et de sa volonté à maintenir ses édits ! La majesté royale, naguère si terrible, se faisait petite, suppliante; elle empruntait même la plume du fils de Jeanne d'Àlbret pour engager ces fiers insurgés à recevoir comme gouverneur non pas l'italien Strozzy, maisBiron, grand-maître de l'artillerie. «Si vous le recevez, leur écrivait le jeune roi de Navarre, on garantira pour vous seuls l'exercice de votre culte.» *
Ces propositions excitèrent dans la ville une grande agitation ; une réponse y fut faite : nous ne pouvons , disaient les Rochellois, nous rendre à ce qu'on exige de nous; les ordres qu'on nous a notifiés partent d'une main ennemie , déguisée sous le masque de l'autorité royale; les différences frappantes que nous remarquons dans les lettres signées de la main du roi sont une preuve évidente que dans les unes le roi déteste le massacre de Paris, en accuse les Guises, avoue même que, dans le temps de l'exécution, retiré avec ses gardes dans le château du Louvre, il n'a pu étendre ses soins que sur sa propre conservation ; tandis que, dans les autres lettres, sa majesté approuve cette action cruelle et s'en déclare l'auteur; nous ne croirons jamais qu'un prince aussi sage que lui soit si contradictoire dans sa conduite, si peu constant dans ses résolutions et dans ses promesses, assurant aujourd'hui ce qu'il a nié peu de jours auparavant , ordonnant l'observation des édits de pacification et proscrivant l'exercice public d'une religion que ses édits autorisaient ; nous ne