LIVRE XX
Qui a de l'honneur envie, Ne doit pourtant en mourir :
Où il y va de la vie, 11 n'est que de bien courir.1
La joie était au camp des royalistes, et la consternation dans celui des ligueurs. Les deux rois, dans cet intervalle, s'étaient réunis et se préparaient à marcher sur Paris , après avoir préalablement constitué un parlement à Tours pour établir un contre-poids à celui de la capitale, et faire ainsi comprendre à la France que l'autorité royale était toujours debout après les anathèmes de la Sorbonne et les arrêts du Parlement, installé par Me Bussy-Leclerc. Ce fut de la part des deux monarques un acte de haute et habile politique.
Rien n'aide plus les vainqueurs que le succès qui double leurs forces en semant le découragement parmi les vaincus. Paris, naguère si fier, si turbulent, si audacieux, ne ressemblait plus à ce Paris , où le plus petit ligueur se croyait plus puissant qu'Henri de Valois. La duchesse de Montpensier que rien ne pouvait abattre, faisait des efforts héroïques pour lui rendre son courage de la veille et n'y réussissait qu'à demi. Si dans ce moment, les deux monarques avaient pu braquer leurs canons sur la ville , elle se serait rendue presque sans coup férir: le seul espoir des ligueurs était dans Mayenne qui était à Alençon et dont la sœur promettait le prochain retour*. En attendant Henri III et son beau-frère marchaient sur Paris, prenant toutes les villes qu'ils rencontraient sur leur passage ; de toutes celles situées sur les bords de la Loire, Nantes et Orléans tenaient encore pour la ligue ; le siège fut mis devant Orléans , mais comme il eût fait perdre aux royalistes un temps précieux, on le leva. En partant, le Béarnais écrivit à ses magistrats: « Mes amis, leur disait-il , si j'étais espagnol ou lorrain, je ne vous parlerais pas comme je vais faire; je me plairais de me voir à vos portes, près de