‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 208 sur 258 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

Louchard et consorts , c'était celle de Sixte-Quint , armé contre lui de toutes les foudres de l'Église.

Après son double exploit de Blois , Henri s'était hâté d'envoyer un ambassadeur à Rome pour demander au pape une absolution, non pour la mort du duc de Guise , dont il n'avait à rendre compte qu'à Dieu , mais pour celle du cardinal ; Sixte-Quint ne se pressa pas de répondre ; plus , et peut être mieux qu'un autre , il comprenait ce double meurtre à l'italienne, mais si le souverain en lui pouvait se taire, le pape ne le pouvait pas; en touchant au cardinal, Henri avait touché à l'Église ; il avait oublié le fameux Nolite tangere meos Christos l. Quelque riche donc que fût le trésor des indulgences , il ne pouvait renfermer un pardon pour un tel forfait; cependant, en politique prudent et sachant que celui qui avait, tué un prince de l'Église , pourrait se révolter contre l'Église, il attermoya, prêt à absoudre ou à maudire. Si la ligue l'emporte, il n'aura pas assez de tous ses anathèmes pour en accabler le malheureux Valois; s'il triomphe, on trouvera des accommodements avec le ciel. En agissant ainsi, Sixte-Quint était fidèle à lui-même et à la politique de ses devanciers. Assiégé tour à tour par les partisans du roi et par ceux de la ligue, il donnait des réponses évasives et se montrait plus difficile à l'égard de Henri III , à mesure que la Sainte* Union faisait plus de progrès; quand il crut à son prochain triomphe, il s'arma de toutes ses foudres et lança le 5 mai une bulle contre le monarque français , le sommant de rendre dans le délai de dix jours, le cardinal de Bourbon à la liberté , et de comparaître dans deux mois , en personne ou par procureur, devant le Saint-Siège sous peine d'excommunication. 5

La bulle papale qui retentit en France comme un coup de tonnerre , ranima le fanatisme des ligueurs et consterna le roi , demeuré au milieu des scandales de sa vie, fervent

Page 1