‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 209 sur 258 · Ne touchez pas à mes oints · texte numérisé non relu

Ne touchez pas à mes oints

2. Bulle de N. S. P. le pape Sixte V contre Henri de Valois ; Paris, chez Nivelle, 1559.

306 mSTOTRE DE LA RÉ FORMATION FRANÇAISE.

catholique ; jugeant des autres par lui-même , Henri III oublia que les idées avaient marché et que la papauté , même avec un homme aussi hardi que Sixte-Quint, n'était guère que l'ombre de la puissante papauté des Grégoire VII et des Innocent III. Son imagination lui grossit le danger, il crut un moment que tous les catholiques allaient se retirer de lui comme d'un lépreux : pendant deux jours , il demeura affaissé sur lui-même, se refusant toute nourriture. Il eût succombé sans le roi de Navarre, qui lui dit gaiement : « Mon frère , les foudres de Rome n'atteignent pas les rois victorieux, je connais un asile où je saurai bien vous en défendre, c'est Paris; demain , de Saint-Cloud, je vous montrerai cette ville ingrate, et nous pourrons l'écraser de foudres plus véritables que celles de Rome.» *

L'assurance du Béarnais releva le courage abattu de son beau-frère. Leurs affaires ne cessaient de prendre une tournure favorable, et au moment où la bulle papale éclatait, ils recevaient un renfort de quinze mille Suisses que leur amenait Harlay de Sancy, frère du célèbre Achille de Harlay. Ce maître des requêtes, vaillant capitaine et habile diplomate, avait promis au roi de lui procurer des soldats et de l'argent. Il partit pour Berne emportant avec lui des pierreries et des diamants qui avaient dû coûter des sommes immenses à sa maison : parmi ces diamants se trouvait le Sancy, celui qui aujourd'hui brille sur la couronne du monarque de France. Le négociateur engagea son riche écrin et leva, au moyen de l'argent qu'il en retira, un premier corps de troupes; c'était beaucoup obtenir, mais pas assez pour remettre son roi sur le trône. Il demanda alors à la diplomatie ce qu'il ne pouvait attendre de ses sacri- 'fices : les circonstances le secondèrent ; il persuada aux Bernois, menacés dans ce moment par l'ambition insatiable de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, de lever un corps d'armée contre ce prince. Élu général de ces troupes, il se mit à leur tête , la fortune le favorisa , mais comme ce n'était pas les Bernois qu'il voulait défendre, mais Henri III qu'il voulait relever, il proposa à ses commettants de lui permettre d'emmener en France, au secours de son maître, ses soldats dé pied, en promettant que ce

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