‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 53 sur 258 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

de faire pour elle ce que lui-même désirait et tôt ou tard aurait fait pour lui. » Le baron promit. Du Guast fut tué le lendemain.

Henri III ne poursuivit pas le meurtrier; il fit de pompeuses funérailles au mort, qu'il oublia vite*. Sans respect pour sa dignité de roi, au moment où ses ennemis déchiraient son manteau royal , il se ridiculisait aux yeux de son peuple. «Au commencement de novembre 1575, dit L'Estoile , le roi fait remettre sus par les églises de Paris, les oratoires, autrement dit les paradis, et y va tous les jours faire ses aumosnes et prières , en grande dévotion , laisse ses chemises à grands goldrons , dont il était auparavant si curieux, et en prend à colet renversé à l'italienne. Va en coche avec la reine son épouse , par les rues et maisons de Paris, prendre les petits chiens damerets (qui à lui et à elle viennent à plaisir; va semblablement, par tous les monastères de femmes , estant aux environs de Paris , faire pareille queste de petits chiens au grand regret et déplaisir des dames auxquelles les chiens appartenaient) , se faisait lire la grammaire et apprend à décliner sur quel mot qui semblait présager la déclinaison de son estât, vu les grandes affaires qu'il avait sur les bras.»2

Avec un tel homme les confédérés pouvaient tout oser; ils osèrent donc (du Guast n'était plus là pour lui rappeler qu'il était roi) : une trêve de six mois fut conclue, le 22 novembre , à des conditions honteuses pour la royauté. Henri hésitait; sa mère insista avec énergie. Il les accepta, mais avec cette restriction mentale qu'il les subordonnerait à ses intérêts. Les confédérés, qui n'étaient pas liés à l'égard du roi, à cause de son manque de loyauté, ne se laissèrent pas leurrer ; ils continuèrent la guerre avec plus d'énergie que jamais. Condé et Jean Casimir entrèrent en Lorraine (janvier 1576) avec dix-huit mille Français, Allemands, Suisses, laissant après eux des traces terribles de leur passage : pillant, tuant, égorgeant3. Du fond de l'ouest, les protestants se mirent, en marche pour se joindre à l'armée de Condé. L'argent d'Elisabeth payait les troupes

1. De Thou, liv. LXX, p. 225. — L'Estoile, année 1575, p. 61.

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