‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 62 sur 258 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

prenaient pas que la reine mère et son fils eussent voulu flétrir ceux qui, sur leur ordre, s'étaient levés comme un seul homme pour débarrasser la France des huguenots. Dans leur colère, ils ne virent que la lettre du traité de paix; s'ils avaient pu lire au fond du cœur de la reine et du roi , ils auraient été peut-être moins bruyants dans l'expression de leur mécontentement. Dans ce moment un fait seul les frappait, c'était le triomphe des huguenots.

Les temps orageux sont ceux où les idées germent vite; une pensée qui depuis longtemps circulait dans l'esprit des masses prit un corps aussi promptement que l'aubépine du cimetière des Innocents se couvrit de fleurs le 25 août 1572.

Dans le traité de paix il y avait un article secret, par lequel Catherine promettait de mettre le prince de Condé en possession du gouvernement de la Picardie et de la ville de Péronne, l'une des villes les mieux fortifiées de France. Quand cet article fut connu, le seigneur d'Humières, gouverneur de Péronne, l'un des gentilshommes les plus puissants de la Picardie (contrée essentiellement catholique), résolut de s'opposer énergiquement à ce que sa province fût gouvernée par un prince huguenot. Il se concerta en secret avec les principaux seigneurs, les prêtres les plus influents et les bourgeois les plus connus par leur zèle pour l'Église, et de leur conciliabule, où les jésuites jouèrent un rôle très-actif, sortit le premier projet d'une ligue entre les catholiques qui servit de modèle à toutes les autres. Dans ce projet les confédérés déclarent qu'ils verseront jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour conserver la province et la ville de Péronne à l'obéissance du roi et à celle de l'Église catholique. S'ils s'insurgent contre le roi, c'est dans l'intérêt du roi auquel ils prodiguent, ainsi qu'à ses lieutenants et officiers, leurs protestations de fidélité, tout en promettant 3c servir le chef de la sainte union en tout, par tout, contre tous, et, s'il le faut, de crever à ses pieds pour son service. Puis suit la manière dont l'union s'organisera : elle aura son gouvernement particulier; mais on ne fera rien sans recevoir le commandement du roi. 1

1. La Popelinière, t. II, fol. 319 et suiv. — D'Aubigné, col,p 824-830. — J/Estoile , année 1576.

Cet acte (ce n'était plus un projet) fut communiqué à Henri III dont il semblait respecter l'autorité tout en la sapant par sa base. Il fallait qu'on le tînt en grand mépris pour oser lui présenter ce manifeste rendu plus insolent encore par les protestations de soumission et de fidélité des signataires que par leur levée de boucliers. Si le germe de la ligue était dans cettepièce, sa pensée réelle était dans la suivante qui fut envoyée secrètement de Paris et de la Picardie dans toutes les provinces, à toute la noblesse catholique; la voici :

«Au nom de la très-sainte Trinité,

I. L'association des princes, seigneurs et gentilshommes catholiques doit être et sera faite pour rétablir la loi de Dieu en son entier, remettre et retenir le saint service d'icelui selon la forme et la manière de la sainte Église catholique, apostolique et romaine, abjurant et renonçant toutes erreurs au contraire.

II. Pour conserver le roi Henri troisième par la grâce de Dieu et ses successeurs très-chrétiens, en l'Etat, splendeur, autorité, service et obéissance qui lui sont dus par ses sujets ainsi qu'il est contenu par les articles qui lui seront présentés aux États (généraux), lesquels il jure et promet garder à son sacre et couronnement, avec protestation de ne rien faire au préjudice de ce qui sera ordonné par lesdits États.

III. Pour restituer aux provinces de ce royaume et États d'icelui les droits et prééminences, franchises et libertés anciennes, telles qu'elles étaient du temps du roi Clovis, premier roi chrétien, et encore meilleurs et plus profitables si elles se peuvent inventer sous la protection susdite.

IV. Au cas qu'il y ait empêchement, opposition ou rébellion à ce que dessus, par qui et de quelle part qu'ils puissent être, seront lesdits associés tenus d'employer tous leurs biens et moyens , même leurs propres personnes , jusqu'à la mort, pour punir, châtier et courir sus à ceux qui les auront voulu contraindre et empêcher, etc.

V. Au cas que quelques-uns des associés, leurs sujets, amis ou confédérés fussent molestés , oppressés et recherchés, pour les cas dessus dits, par qui que ce soit, seront

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