LIVRE XV
Les Rochellois seront pareillement déchargés des exécutions qu'ils ont faites de quelques entrepreneurs sur leur ville et leurs prises sur mer entièrement assoupies. Afin de rétablir l'ordre de toutes choses , que les troubles ont tellement altéré que ce royaume ne peut jouir de la tranquillité et du repos nécessaire, si l'on n'y remédie, les états généraux seront mandés et convoqués à Blois dans six mois prochains. Les catholiques unis feront vider toutes leurs garnisons des villes, places et châteaux qu'ils tiennent tant aux rois qu'aux particuliers. Et néanmoins pour certaines bonnes considérations , le roi leur baille en garde Aigues-Mortes et Beaucaire en Languedoc, Périgueux jet le Mas de Verdun en Guyenne , la ville de Nions et le château de Serre en Dauphiné, Issoire en Auvergne et Se yne la grande tour avec le circuit en Provence. Ne mettra aucune garnison, ni gouverneur dans les villes, places et châteaux, que là où il y en avait du temps de Henri IL Révoque tous autres édits, restrictions, modifications, interprétations contraires à celui-ci. Commande aux gouverneurs des provinces, baillis, etc., d'en jurer et faire jurer l'entretien , oblige les cours de parlement à pareil serment, toutes choses cessantes et sur peine de nullité des actes qu'elles feraient autrement, et veut qu'elles le fassent publier, enregistrer selon sa forme et teneur, purement et simplement. Les contrevenants à cet édit seront punis de mort sans rémission, s'ils le font par voie d'armes et violence; si par une voie moins criminelle, ils seront châtiés à l'arbitre et modération du juge. 1 »
Un homme de cœur eût plutôt abdiqué que signé l'abaissement de la royauté, comme le fit Henri III, le 6 mai 1576. Que d'autres portassent une main hardie sur sa couronne, ils le pouvaient étant en droit de légitime défense; mais qu'il en détachât lui-même de sa main joyau après joyau sous l'œil et le conseil de sa mère... c'était lâche , infâme. Un pareil acte devait porter ses fruits : la ligue en sortit.
i. Mezerai, Histoire de Henri III, t. H, p. 220 et «uiv. — Drion, Abrégé chronolog., t. Ier, p. 144.
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La ligue occupe une grande place dans l'histoire du protestantisme français; il est donc nécessaire d'en faire connaître les premiers commencements, afin de pouvoir en saisir l'esprit par ses véritables côtés et la suivre dans ses curieux développements. Elle ne prit pas naissance au moment de la paix de Monsieur 1 quifut le prétexte et non la cause de sa formation. La première idée de cette grande association est due au cardinal de Lorraine qui en 1562 , au concile de Trente , conçut le plan d'une union entre les catholiques. Le but du prélat était triple : il voulait défendre, à main armée, l'Église romaine en France, faire donner la lieutenance générale du royaume à son frère le Balafré, et le faire monter sur le trône en cas d'extinction de la race des Valois.
La mort de François de Guise dérangea momentanément le plan du prélat qui reprit son idée en faveur de Henri de Guise, son neveu. Celui-ci chez lequel l'ambition devançait les années, fit en 1567 composer une formule de serment par laquelle les signataires s'obligeaient à sacrifier leurs vies et leurs biens à la défense de la religion catholique envers et contre tous, excepté contre le roi, la famille royale et les princes de son alliance.
Cette formule fut signée par la noblesse de Champagne dont le jeune duc était gouverneur. Le 25 juillet 1568 Tévêque de Troyes et son clergé la signèrent également.
Cette association, qualifiée de ligue chrétienne, de sainte ligue, demeura secrète. C'était un feu qui couvait sous les cendres.
Le cardinal de Lorraine mourut avant de voir ses vœux les plus chers se réaliser; mais en mourant il laissa Henri de Guise pour héritier de ses biens et de son ambition ; celui-ci poursuivit la pensée de son oncle et trouva son auxiliaire le plus puissant, dans Henri 111, le signataire de la paix de Monsieur.
Quand le traité du 6 juillet fut connu à Paris, il y eut une explosion de colère et d'indignation chez tous les catholiques fervents. Ces bons bourgeois de Paris ne com-