La Popeliuière, t. VL
Dans cette pièce , qui est la charte définitive de la ligue, les ligueurs découvrent le fond de leur pensée : leur but est de préserver la religion catholique de sa ruine ; pour l'atteindre ils jeteront, s'il le faut, le trône par-dessus l'autel. La nation rentrera dans l'exercice des libertés que la monarchie lui a enlevées; à ces libertés récupérées on en ajoutera de nouvelles ; dans la main d'un chef se concentreront tous les pouvoirs; quiconque hésitera ou refusera d'entrer dans la sainte union, y sera contraint par la force.
Qui le croirait, Henri III et sa mère ne virent d'abord dans la ligue qu'un moyen qui leur était offert de violer le traité de paix fait avec les confédérés; ils ne comprirent — pas — que ce qui, à leurs yeux, n'était qu'une levée de boucliers contre les huguenots, n'était au fond que la manifestation d'une pensée caressée depuis longtemps par le clergé qui, n'ayant confiance, ni dans la royauté qui était trop changeante, ni dans les parlements qui ne savaient presque plus lui livrer des hérétiques^, ni dans la noblesse qui, étant plus politique que catholique, cherchait en lui-même sa propre force. Le traité de paix fut donc la manifestation et non la cause de la ligue. Le moment pour le clergé de faire ses affaires par lui-même était venu ; il le saisit au vol , et s'y dépensa avec une ardeur digne d'une meilleure cause.
Sous un roi moins faible et moins décrié , la ligue eût été réduite au rôle de société secrète; mais le monarque qu'elle annulait audacieusement s'était déjà annulé luimême. Ses sujets, en le voyant sans cesse entouré de jeunes gens qu'il choisissait parmi les plus beaux, s'étaient pris à le mépriser. «Ces beaux mignons, dit l'Estoile, portaient leurs cheveux longuets, frisés et refrisés par artifices, remontant par-dessus leurs petits bonnets de velours, et leurs fraises de chemises de toile d'atour, empesées et longues de d mi-pied , de façon qu'à voir leur tête dessus leur fraise, il semblait que ce fût le chef de saint Jean dans un plat (le reste de leurs habillements fait de même); leurs exercices étaient de jouer, blasphémer,