LIVRE XXXI X
pasteur à Metz et prédicateur d'un grand mérite, Étienne Lemoine, Revel et plusieurs autres; après eux, arrivèrent les Jurieu, les Claude, les Basnage, les Saurin, les Martin, les Huet, les Benoît, les Chaufepié, les Superville, ministres distingués, autour desquels se groupèrent plus de deux cents cinquante de leurs collègues.
L'émigration fut si considérable qu'on put croire un moment que les pasteurs n'avaient pas perdu leurs troupeaux, tant il y eut d'églises où le culte fut célébré en français.
Les Provinces-unies accueillirent leurs nouveaux hôtes comme des frères; on s'efforça non de guérir les blessures faites à leur cœur, mais de les adoucir. On secourut largement les pauvres; à tous on facilita les moyens de s'établir; aux pasteurs on donna des troupeaux, aux professeurs des chaires, aux ouvriers du travail, aux industriels du crédit, aux militaires des armes; on eut un soin particulier des femmes; la princesse d'Orange se déclara leur protectrice. Le nombre des émigrés était considérable; en 1686, il s'élevait au chiffre de 75,000 1 ; plus tard il s'accrut encore.2
La présence des réfugiés apporta un élément, de vie aux églises wallonnes, en leur donnant des prédicateurs, tous remarquables par leur piété et plusieurs par leur éloquence. Nous avons déjà parlé de Claude et de Jurieu; à côté d'eux nous voyons figurer Du Bosc, et plus tard Saurin.
Du Bosc, était fils d'un avocat au parlement de Rouen; il naquit à Bayeux en 1623, et fut très-jeune appelé à desservir la communauté de Caen; ses premiers discours révélèrent en lui un grand orateur et rendirent son nom populaire dans toutes les églises. Celle de Charenton voulut se l'attacher, il refusa; il aimait sa paroisse, et ne recherchait pas les premières places. Les jésuites, jaloux d'un homme aussi grand par ses vertus privées que par ses talents, le dénoncèrent et le tirent exiler à Chalons. L'évêque de cette ville, touché des malheurs et du mérite