Différentes dépêches du comte d Avaux
du pasteur de Caen, lui témoigna les plus grands égards; deux fois par semaine, l'exilé s'asseyait à la table épiscopale. — Les jésuites, croyant qu'après le départ du berger, ils auraient plus facilement raison du troupeau , furent déchus dans leur espérance; car jamais les réformés de Caen ne montrèrent pius de zèle et d'attachement à leur foi, qu'après avoir été séparés de leur pasteur bien-aimé; sept mois après son départ de Caen, Du Bosc, grâce aux efforts de Montausier , de Turenne et de Ruvigny, put retourner au milieu de ses paroissiens. Les jésuites ne se tinrent pas pour battus, ils renouvelèrent leurs calomnies, et ce ne fut pas sans peine que le pasteur ne fut pas séparé de son troupeau.
En 1668, Du Bosc fut envoyé par les églises de Normandie pour faire au roi des remontrances sur la fameuse déclaration de 1 666, révocatoire de celle de 1652. Louis XIV lui fit l'honneur d'une audience. Le pasteur de Caen parla avec autant de force que de dignité ; le roi, qui ne s'émouvait pas facilement, parut ému, et en passant dans l'appartement de la reine, il dit: «je viens d'entendre l'homme le plus éloquent de mon royaume. » Ce fut le seul fruit que Du Bosc retira de sa harangue; nous ne le suivrons pas dans sa vie si bien remplie. La persécution l'amena , comme ses collègues, en Hollande; des offres brillantes lui furent faites de Danemark et d'Angleterre; il les refusa, et accepta la chaire de l'église wallonne de Rotterdam. Il supporta noblement, mais douloureusement, le fardeau de l'exil; car les nouvelles qui lui arrivaient de France, remplissaient son cœur d'amertume. Dieu, cependant, lui ménagea une consolation dans la tendresse inépuisable de ses enfants. Fidèle à ses devoirs de pasteur, il sut surmonter ses souffrances corporelles aggravées par l'humidité du climat. Il se préparait à monter en chaire , lorsqu'il fut atteint par la maladie qui l'enleva à son troupeau le 2 janvier 1692.
Du Bosc possédait tout ce qui fait le grand prédicateur : sa voix était forte, harmonieuse, ses gestes pleins de dignité et de grandeur, sa physionomie imposante, sa science des Écritures réelle, sa foi profonde, son zèle à toute épreuve. Sur la terre étrangère, l'illustre proscrit avait toujours les yeux tournés vers sa patrie ; que de choses intéressantes