‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 104 sur 253 · LIVRE XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIX

forces navales. Il lui donna pour prison son hôtel, dans lequel il lui permit d'avoir une petite chapelle pour y célébrer son culte. Le vieux capitaine français, qui avait épousé la mer, et que l'ange de la mort avait oublié1, mourut trois ans après (1688), laissant un nom associé à celui du grand Ruyter, son glorieux vaincu.

Duquesne avait une âme noble et fière, jamais on ne le vit se courber devant les grands pour les flatter; il attendit longtemps la juste récompense de ses services : catholique, il eût, jeune encore, commandé, en chef, la marine française; protestant, il attendit longtemps, servit sous des chefs qu'il éclipsait et pour lesquels il gagna des batailles. Louis XIV, bon juge du mérite de l'illustre marin, lui dit un jour : «M. Duquesne, vous savez que c'est vous qui m'empêchez de récompenser vos services Comme je le voudrais; mais vous êtes protestant, vous savez mes intentions là-dessus.» — «Sire, lui répondit rudement l'illustre marin, je suis protestant; mais j'avais toujours pensé que mes services étaient catholiques.»

Louis XIV oublia son vieux serviteur, comme il avait oublié Colbert; il refusa ses cendres à son fils. Duquesne fut enseveli sans pompe; son corps n'eut pas même les honneurs funèbres d'un lieutenant de vaisseau; il fut inhumé dans sa terre de Bouchet, sur le bord du chemin, comme un criminel. Son fils lui fit élever, dans sa terre d'Aubonne, au pays de Vaud, un tombeau, sur lequel il grava cette touchante inscription : «0 passant, si tu demandes pourquoi les Hollandais ont élevé un superbe monument à Ruyter vaincu, et pourquoi les Français ont refusé une sépulture honorable au vainqueur de Ruyter, ce qui est dû de crainte et de respect à un monarque dont la puissance s'étend à tous, me défend toute réponse.»2

Louis XIV, après son refus de remettre au fils de Duquesne les cendres inoffensives de son père, fit, six jours après sa mort, séquestrer tous ses biens, et signifier, par La Reynie , à sa veuve , de se convertir ou de sortir de son royaume; elle eut la lâcheté d'abjurer; les biens de son mari furent le salaire de son apostasie.3

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