‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 143 sur 253 · LIVRE XLI · texte numérisé non relu

LIVRE XLI

turelle, ordonna à la faculté de médecine de Montpellier de se transporter à Uzès, où trois cents de ces enfants étaient réunis.1

A la vue des docteurs, les enfants, qui ne connaissaient que le patois de leur pays, se mirent à leur prêcher, en bon français , la repentance envers Dieu et la foi en Jésus- Christ. Les docteurs ne pouvant constater leur folie, déclarèrent à Bâville qu'ils étaient des fanatiques, mot qui n'expliquait rien, mais qui servit à l'avenir à désigner les prophètes et plus tard les camisards.

L'intendant, n'osant livrer à ses juges ces pauvres innocents, relâcha les plus jeunes et condamna les plus âgés au service des armées et des galères; on les enchaîna comme des criminels et on les dirigea vers le lieu de leur détention.2

Les protestants, témoins des prodiges journaliers qui s'accomplissaient au milieu d'eux, reprirent de nouvelles forces; que leur importaient désormais les cachots, le gibet, la potence, le feu? Si Dieu était visiblement au milieu d'eux, la suprême gloire, à laquelle ils pouvaient aspirer, n'était-elle pas dans les souffrances supportées pour le saint nom de Jésus? Ils couraient donc aux assemblées, et Bâville lâchait sur eux ses milices et peuplait de nouveaux hôtes les galères royales. Ses bourreaux se lassaient plus tôt de frapper, que leurs victimes de souffrir. Les prophètes étaient héroïques, ils montaient sur l'échafaud et s'étendaient sur la roue , comme sur un lit de roses.

Les inspirés ne l'étaient pas tous également : les uns possédaient l'avertissement, les autres le souffle, quelquesuns la prophétie, quelques autres le don, qui était le plus haut degré de l'inspiration; il était le partage de ceux qui se sentaient appelés au ministère de la parole; l'un de ceux qui le possédèrent au plus haut degré était ce jeune laboureur de Vagnas, nommé Daniel Raoul , il ne savait ni lire ni écrire, et cependant jamais un orateur ne posséda

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