LIVRE XLI
par son esprit aventureux et son courage que par son éloquence. Pierre Séguier, dit Esprit Séguier, était né en 1650 à Magestavols; il était cardeur de laine et avait une force de volonté extraordinaire.
Autour de ces prophètes s'en groupaient d'autres, tous intrépides, tous haïssant d'une parfaite haine Rome, dans laquelle ils voyaient « cette grande prostituée de l'Apocalypse qui, enivrée du sang des saints, tient dans ses mains une coupe pleine des abominations de la terre. » Chacune de leurs paroles était un oracle qui faisait passer dans le cœur des infortunés Cévenols, la sombre énergie qui était dans les leurs, et les préparait à la résistance. Bàville , semblable à im chasseur à l'affût, lançait ses dragons sur les assemblées et continuait à être le grand pourvoyeur du gibet et des galères; mais tous ses efforts ne parvenaient pas à faire le silence autour de lui, et les prêtres, qui avaient cru à la sincérité des prosélytes que les dragons avaient amenés dans leurs églises à la queue de leurs chevaux ou à coups de plats de sabre, se lamentaient en voyant leurs ouailles refuser de chômer pendant les fêtes et de s'abstenir des viandes les jours maigres. « La religion, s'écriaient-ils douloureusement, est perdue, elle périra si l'on n'y porte un prompt remède1.» Ce cri de détresse fut entendu par un archiprêtre de Mende, qui, depuis quelques années s'efforçait, avec une nuée de capucins, de ramener les protestants dans le bercail de son Église. Cet archiprêtre, issu d'une famille noble, s'appelait François LangladeDu Chayla; il avait embrassé la carrière ecclésiastique, pour laquelle il avait eu de bonne heure un penchant décidé; ses supérieurs, lui reconnaissant un zèle extraordinaire , l'envoyèrent comme missionnaire dans le royaume de Siam , où il n'obtint aucun succès parmi les sectateurs de Boudha; mais pendant tout le temps qu'il travailla à cette œuvre ingrate, il déploya une persévérance que les persécutions et les tortures ne purent jamais lasser. Il retourna en France précédé par sa réputation de saint et de martyr. Bâville, qui le crut propre à convertir les protestants , lui adressa vocation et le nomma surintendant des missions des Cévennes. Du Chayla ne trompa pas ses