Nap. Peyrat. — Louvreleuil. — Court
espérances. II fut le Saiil de Tarse des contrées soumises à son inspection. De Mende, qui était le lieu habituel de sa résidence, il rayonnait dans tous les environs, semant partout l'épouvante et l'effroi. Il était habituellement suivi de quelques jeunes prêtres, qui faisaient sous lui leur apprentissage de persécuteur ; depuis quelque temps il avait choisi le Pont-de-Montvert pour son repaire; la maison qu'il y habitait avait appartenu à un riche bourgeois nommé André, qui avait été assassiné lors de la grande dragonnade (1685). Après sa mort elle fut donnée à Du Chayla , qui en fit l'un de ses quartiers généraux; elle était la plus belle du bourg, et de loin elle avait l'aspect d'un manoir féodal.
La vue seule de cette maison inspirait de l'effroi aux protestants; c'est dans ses caves sombres, humides et profondes que l'archiprêtre travaillait, à sa manière, à la conversion des huguenots que lui amenaient les troupes qui allaient à la recherche des assemblées de nuit et de jour. La Rapine et Saint-Luc, qui s'étaient acquis une si grande célébrité dans leur art de tourmenteur, auraient pu, à son école, recevoir encore quelques leçons. « Il arrachait avec des pincettes, à ses catéchumènes, les poils delà barbe et des sourcils, leur mettait des charbons ardents dans les mains et les tenait fermées jusqu'à ce qu'ils fussent éteints. Quand ce moyen n'opérait pas, il entourait leurs mains avec du coton imbibé d huile ou de graisse et les laissait flamboyer jusqu'à ce qu'elles fussent charbonnées; leurs cris lamentables le trouvaientinsensible; il riait. Lorsque, malgré ce supplice, dont la première idée appartient probablement à Néron1, ses catéchumènes ne voulaient pas abjurer, il emprisonnait leurs pieds et leurs jambes dans des ceps. Ce genre de tourment était affreux, ses victimes ne pouvant se tenir ni assises ni debout.
L'homme qui remplissait si bien son ofïicede bourreau, avait alors cinquante-cinq ans. Sa taille était haute, imposante, son visage portait la double empreinte de la férocité et du fanatisme le plus violent. Il était cupide; quelques
1. Néron eut un jour la fantaisie d'éclairer Rome avec les corps des chrétiens enduits de graisse et de résine. — 11 l'exécuta.