LIVRE XLII
Nicolas-Auguste de Montrevel, de l'illustre et noble maison de Labaume-Montrevel , naquit en 1646, dans la Franche-Comté; il suivit la carrière des armes dans laquelle il se distingua par une rare intrépidité. Il dut ses grades à sa bravoure et à son lact de courtisan.
C'était un parfait soldat et un médiocre capitaine ; là où il aurait fallu un tacticien consommé et un habile diplomate, la cour envoya un dragon. Montrevel, malgré ses cheveux gris et ses cinquante-sept ans, jouait au Céladon, en imposait aux simples avec son air de grand seigneur et ses paroles sonores et vides débitées avec un aplomb imperturbable; il personnifiait la sottise et la fatuité. Son arrivée combla de joie les catholiques ; ils ne doutèrent pas qu'un maréchal de France ne mît bientôt fin à une guerre dont ils attribuaient le prolongement à l'impéritie de Broglie. Organe de l'opinion publique, Fléchier écrivit à son clergé : « Le roi, enfin, a eu pitié de nous et a envoyé des troupes réglées et un maréchal de France pour les commander. Nous espérons que Dieu bénira ses armes et nous rendra à notre première tranquillité1.» Dès son arrivée, Montrevel se fit rendre un compte exact de la situation des esprits, des forces dont disposaient les camisarcls et des causes qui leur avaient mis les armes à la main. Il prit toutes les mesures pour les réduire promptement; «ceuxci, semblables, dit Louvreleuil, à des rochers que les vents combattent inutilement, ne s'en émurent pas.»2
Montrevel eut bientôt l'occasion de juger, par lui-même, de la valeur des ennemis qu'il était appelé à combattre.