‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 182 sur 253 · LIVRE XLI · texte numérisé non relu

LIVRE XLI

bris de sa troupe. Il poursuivit avec eux sa roule et s'arrêta, épuisé de fatigues, à une lieue de Bouquet. Ses pieds étaient nus, ensanglantés: «Poursuivez votre route, dit-il à ses compagnons, je vais dans ce hameau demander l'hospitalité à une vieille femme que je connais,» et il se traîna vers sa demeure. A sa vue, la pieuse huguenote tressaillit de joie, heureuse et fière de recevoir sous son toit le héros camisard; elle pansa ses plaies, et lui servit un bon repas. Cavalier dormit d'un profond et doux sommeil; le matin, son hôtesse, en ouvrant sa porte, y trouva une sentinelle que le commandant d'un détachement royal y avait placée, ainsi qu'à toutes les maisons du hameau. La huguenote referma sa porte et prévint Cavalier. Celui-ci se crut de nouveau perdu; les angoisses de la mort le reprirent.

Le commandant poussa la porte. «Avez-vous caché des rebelles?»

La vieille se mit à trembler de frayeur.

«Qui vous fait trembler?

— La fièvre.

— Pauvre femme!» dit le commandant, et il se retira. Cavalier était sauvé.

Le soir, il partit et arriva à Vezenobres, chez son ancien maître, Lacombe, dont il avait gardé les troupeaux. C'est delà qu'il envoya un émissaire à Pioland.1

La défaite de Vagnas coûta la vie à beaucoup de braves; Espérandieu s'était noyé; Rastalet, fait prisonnier par Julien, jugé par Bâville,' fut rompu vif, le 4 mars, à Alais. Il mourut avec courage; il était du nombre de ceux dont on brisait les os, mais dont on ne pouvait dompter le cœur.

xxxii. :;

Vaincus sur un point, les insurgés étaient vainqueurs sur un autre ; la victoire du lendemain réparait la défaite de la veille. Pendant que Julien poursuivait, l'épée dans les reins, les débris de la troupe de Cavalier, Joany entrait dans Genolhac et n'en sortait qu'après avoir massacré toute la garnison et brûlé son église. Quelques jours après, il y entrait encore et passait au fil de l'épée une

1. Mémoires de Cavalier. — Nap. Peyrat, t. Ier, p. 391 et suiv.

nouvelle garnison. Les catholiques reprirent la ville et massacrèrent cinq de ses habitants qui étaient protestants. Joany rentra une troisième fois dans ce malheureux bourg, immola les catholiques. Julien le reprit et le mit au pillage pendant que Castanet pénétrait dans Fraissinet-de- Fourques et mettait tout à feu et à sang1. Les catholiques poussèrent un cri de détresse qui retentit jusqu'à Versailles. La cour jugea Broglie incapable, le rappela, malgré l'appui de Bàville, et lui donna pour successeur un maréchal de France.

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