LIVRE XLII
des camisards. C'était une adresse énergique aux États protestants étrangers pour les engager à venir au secours des Cévennes; dans cet écrit, les insurgés établissaient que la France n'avait jamais eu de sujets plus soumis à ses rois que leurs pères; ils faisaient l'historique des événements accomplis depuis la révocation, rappelaient leur longue patience, puis ils arrivaient à leur insurrection. « Ce n'est point ici, disaient-ils, une révolte ni une rébellion des sujets contre leur souverain, nous lui avons toujours été soumis et fidèles, et on a vu, pendant tout le traitement qu'on nous a fait, une obéissance si profonde qu'elle a été en admiration à toute la terre; mais c'est un droit de la nature qui nous oblige en conscience de nous armer, pour repousser la force; autrement nous serions complices de nos propres malheurs, traîtres à nous-mêmes et à notre patrie.
«Nous savons que notre pauvre France est désolée et ruinée dans toutes ses provinces, que les peuples y crient et gémissent sous l'oppression, et que la justice et la bonne foi en sont bannies. Nous ne voyons plus partout que violences, et nous ne savons ceux qui gouvernent la France; nous n'y comprenons plus rien; car jamais un bon roi, comme le nôtre, n'a pris plaisir à détruire ses sujets innocents, ni à les perdre ni à les massacrer, parce qu'on les trouve priant Dieu dans leurs maisons ou dans des trous de terre. Peut-on inspirer à un roi la résolution de devenir l'ennemi d'un peuple dont il avait juré d'être le père et le protecteur?
(( Nous voyons tous les préparatifs de guerre qu'on fait contre nous, et que le maréchal de Montrevel nous menace d'un grand nombre de troupes réglées pour nous détruire. Notre résolution et notre intrépidité ont, jusqu'à présent, déconcerté nos ennemis; nous ne serons point épouvantés de leur grand nombre; nous les poursuivrons partout, sans pourtant faire du mal à ceux qui ne nous en veulent point; mais nous ferons de justes représailles contre les persécuteurs en vertu de la loi du talion, ordonnée par la parole de Dieu et pratiquée par toutes les nations du monde; et nous ne mettrons jamais bas les armes que nous ne puissions professer publiquement notre religion, pour faire revivre les édits et les déclara-
tions qui en autorisaient le libre exercice \ » Ces plaintes ne valurent aux camisards que les sympathies stériles des États protestants.
Pendant qu'on s'occupait du sort des protestants cévenols dans les pays étrangers, la guerre se poursuivait des deux côtés avec un incroyable acharnement. La Jonquière, officier des troupes royales, était à la poursuite des débris delà troupe de Cavalier. Il les rencontra, le 4 mars 1703, aux environs de Saint-Mamet, et fondit sur eux avec impétuosité; les camisards, malgré leur petit nombre, soutinrent vaillamment le choc, et firent si à propos leur première décharge, que les soldats de La Jonquière, saisis d'une terreur panique, prirent la fuite et laissèrent la terre jonchée de leurs morts.
Dans ce moment , Cavalier se concertait avec Roland sur les moyens à prendre pour faire échouer les projets de Montrevel. Malheureusement, il fut attaqué de la petite vérole et obligé de remettre momentanément le commandement de sa troupe à Ravanel et à Catinat, ses lieutenants. Secondé par ces deux chefs, Roland se dirigea du côté de Ganges, rencontra sur sa route un détachement d'infanterie, qui escortait un prêtre; il le tailla en pièces ; pendant l'attaque , l'ecclésiastique , monté sur un bon cheval, prit la fuite et s'échappa5. Ganges ouvrit ses portes aux camisards, qui y trouvèrent des rafraîchissements et des provisions; de là ils se dirigèrent vers Pompignan, à travers les sentiers rudes et escarpés des montagnes de la Serane. Les habitants de Pompignan, tous catholiques déterminés, refusèrent d'ouvrir leurs portes et soutinrent avec beaucoup de succès une première attaque; une seconde se préparait, quand de Parate déboucha avec un corps nombreux de troupes dans une plaine située entre Pompignan, Claret,Férières etCorconne, et setrouva en présence des camisards, qu'il essaya d'envelopper. Ceuxci l'attendirent de pied ferme et subirent bravement son choc, qui fut terrible, et les affaiblit en les séparant en