LIVRE XLII
deux corps. Leur position était des plus critiques ; mais ces hommes, qui ne s'étonnaient de rien, firent des prodiges de valeur. Catinat et Ravanel, calmes au milieu de la mêlée, déployèrent une habileté qui fit l'admiration des troupes royales. Accablés par le nombre, ils présidèrent à la retraite de leurs soldats et les sauvèrent d'une destruction totale. Deux cents d'entre eux demeurèrent sur le champ de bataille , couvert d'un nombre aussi grand de leurs ennemis. En se retirant, les camisards se vengèrent de leur défaite en brûlant l'église de Dufort.1
Montrevel, qui n'avait pas obtenu de la cour le droit d'exterminer les protestants, obtint cependant celui de les ruiner; il leur imposa de fortes amendes destinées à indemniser les catholiques des pertes que la guerre leur avait fait subir. Jusqu'à cette époque, la noblesse protestante s'était tenue prudemment dans ses terres et n'avait fourni aucun de ses membres à l'insurrection qu'elle maudissait, le courage lui avait manqué; à Dieu, elle avait préféré le roi; à sa foi, ses biens; au martyre, son repos ; quand elle aurait dû se lever comme un seul homme , elle courba lâchement la tête et laissa à de misérables pâtres la gloire de relever le drapeau du protestantisme, foulé aux pieds. Tous les gages honteux qu'elle avait donnés de sa soumission, n'avaient pas rassuré Montrevel. Il lui fit l'honneur de la soupçonner et la manda à Nîmes.
« Messieurs de la noblesse, dit le maréchal aux gentilshommes, vous avez eu tort de n'avoir pas employé, pour étouffer la révolte à sa naissance, le crédit et l'autorité que des gentilshommes doivent avoir sur des paysans. Considérez les ravages que produit cette révolte depuis neuf mois; prévoyez avec moi les suites terribles qu'elle engendrera, si vous ne vous y opposez de toutes vos forces; ouvrez les yeux pour voir à quel genre d'hommes vous avez affaire : ils se montrent si cruels et si inhumains qu'ils s'acharnent contre les membres sanglants de