LIVRE XL
brûlées, des maisons incendiées, des cadavres mutilés. Ils tuèrent cent hommes commandés par le major d'Àrbouville; entre Uzès et Ners, près Vezenobres, ils écrasèrent une compagnie du colonel Tarnaud; entre Quissac et Villesèque, ils taillèrent en pièces un détachement commandé par de Massilan , jeune gentilhomme de Nîmes. Castanct et Joany se multipliaient. De son côté, Montrevel déployait une cruelle énergie. Il condamnait au pillage les villages qui donnaient l'hospitalité aux camisards et envoyait à Bâville des prisonniers. Celui-ci, avec sa justice expéditive, n'avait pas le temps d'examiner leurs dossiers et signait avec autant de facilité des arrêts de mort que des bons à payer. Ces condamnés montraient autant d'héroïsme devant ses bourreaux qu'il mettait de persistance à les leur livrer. Parmi eux, se trouvait un nommé Jean Vedel, du lieu de Caspian; on l'avait pris dans le bois de Vaqueyrolles. Pendant qu'on le conduisait à la prison, il chantait des psaumes; en passant dans les rues de Nîmes, il criait: «Frères, le temps de la délivrance est arrivé! que rien ne vous épouvante, l'Éternel combat pour vous !»
Quand il comparut devant ses juges, au lieu de s'asseoir sur la sellette, il jeta sa perruque à terre et se mit à genoux et pria avec beaucoup de ferveur, puis il se releva, avoua qu'il appartenait à la troupe de Roland et que ce qu'il avait fait, il l'avait fait pour la gloire de Dieu. « Je suis heureux, ajouta-t-il, de mourir pour aller recevoir une récompense au ciel. Je me moque de tous les supplices auxquels vous pouvez me condamner. » Il fut condamné à mort. En face de l'échafaud, il ne se démentit pas; il y fut grand et sublime.1
Ces exécutions, qui se répétaient sur tous les points des Cévennes, aguerrissaient les protestants; leurs défaites les rendaient plus terribles. Montrevel, comme Bâville, ne comprenait rien à un tel fanatisme, il frappait, il frappait toujours; mais quand une tète de camisard tombait, dix autres se dressaient.