LIVRE XLII
dernier coup dans ses États, nous avons cru devoir nous conformer à la conduite de nos prédécesseurs dans de pareils cas. A ces fins, et pour porter à engager les fidèles à exterminer la race maudite de ces hérétiques et de ces méchants ennemis de tous les siècles de Dieu et de César, en vertu du pouvoir de lier et de délier, accoidé par le Sauveur des hommes au prince des apôtres et à ses successeurs, nous déclarons et nous accordons, de notre pleine puissance et autorité, la rémission absolue et générale de leurs péchés à tous ceux qui s'engageront dans la sainte milice qui doit être formée, et destinée à l'extirpation de ces hérétiques et de ces rebelles à Dieu et au Roi, et qui auraient le malheur d'être tués dans le combat; et afin que nos intentions à ce sujet soient connues et rendues publiques, nous ordonnons que notre bulle, donnée sous le sceau du pêcheur, soit imprimée et affichée aux portes de toutes les églises de notre diocèse. Donné à Rome, le 1er mai de l'an de notre Seigneur 1703, et le premier de notre pontificat.» 1
Le Saint-Père prêchait la guerre sainte; mais sa bulle arriva trop tard; depuis longtemps la croisade était commencée; on n'avait pas attendu ses ordres pour mettre tout à feu et à sang. Les évêques du Languedoc, auxquels la bulle fut envoyée, la publièrent : interprètes des sentiments de leur chef, ils promirent dans leurs mandements le ciel aux catholiques et vouèrent les protestants à l'enfer. «Vous ne donnerez aux fanatiques ni assistance, ni secours, disaient -ils à leurs curés; vous ne leur fournirez ni vivres ni provisions; vous les poursuivrez par le feu et par l'épée; ceux qui s'acquitteront de ce devoir, comme il convient à de dignes soldats de l'Église et du Roi , recevront indulgence plénière, comme il est porté dans la bulle.» 2
Les catholiques pouvaient tuer en toute sûreté de conscience: du fer de leurs poignards, ils se faisaient des clefs pour le paradis!