LIVRE XLII
rompit et se mit â psalmodier un psaume en levant les yeux au ciel.
«Puisque je ne peux rien pour votre salut, lui dit le bon prêtre, puis -je au moins faire quelque chose pour votre famille?»
Cet homme, jusque-là stoïque, fut attendri Il était
époux, il était père. Il jeta un regard de reconnaissance sur Louvreleuil :
«Vous savez, lui répondit-il, que notre Seigneur a dit : Ce que vous ferez au moindre des miens, je le tiens pour fait à moi-même. — Je crois à la sincérité de votre promesse; écrivez, s'il vous plaît, ce que je vais vous dicter.»
Louvreleuil écrivit : le patient donna sa bénédiction â sa femme et à ses enfants, régla quelques affaires d'intérêt, et disposa de quelque argent pour les pauvres.
Ce testament reçut son exécution.1
Pontier mourut dans la foi de ses pères et ajouta un nom de plus au riche martyrologe du protestantisme.
Cette exécution fut suivie d'un grand nombre d'autres; trois fois dans un mois (mai 1703) la potence se dressa à Nîmes, et toujours, dit Brueys, les protestants moururent (( enragés sans aucun sentiment de religion2,» c'est-à-dire en héros chrétiens. Plus le nombre des victimes s'accroît, moins il y a d'apostasie; plus les supplices sont raffinés, plus il y a d'ardeur pour le martyre.
Les réfugiés français, du fond de leur exil, suivaient leurs frères des Cévennes avec le plus tendre intérêt, et s'associaient à leurs douleurs. Dans des écrits éloquents 3, ils plaidaient leur cause auprès des princes protestants et faisaient des collectes pour les aider à acheter des munitions de guerre. Mais là où il aurait fallu de l'or et des sol-