‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 203 sur 253 · Mémoires du marquis de Guiscard. — Court. — Peyral · texte numérisé non relu

Mémoires du marquis de Guiscard. — Court. — Peyral

Jusqu'à ce moment, il avait épargné les maisons des catholiques ; mais il ne put commander au feu de les respecter. Pendant plus de deux mois, ces contrées offrirent, la nuit, un spectacle unique, étrange; à la lueur des flammes qui projetaient leur sinistre clarté sur les montagnes, les torrents et les précipices, on suivait la marche et les progrès de l'incendie; on n'entendait pas un seul cri, mais seulement le craquement des poutres, l'éboulement des murs et des combles des toits; les clochers des églises étaient les phares enflammés qui éclairaient ces scènes lugubres et grandioses; pas une seule cabane ne fut épargnée, les arbres mêmes furent condamnés, on les coupa tous. Julien triomphait, en moins de trois mois, il avait dévasté quarante lieues de pays, et vingt mille infortunés, privés de tout, avaient fui aux premiers jours de l'hiver,

Montrevel écrivit à Chamillart (23 décembre 1703). En parlant de Julien, il disait : «On ne peut pas s'être acquitté de cette commission avec plus d'application qu'il ne l'a fait.»1

Cette expédition n'eut pas l'effet que la cour en attendait: les incendiés poussèrent un cri de colère et d'indignation, tous ceux d'entre eux qui pouvaient porter un mousquet, se joignirent aux soldats de Cavalier et de Roland et grossirent considérablement leur troupe, au milieu de laquelle ils portèrent leur haine et leur soif de vengeance. Leurs montagnes retentirent du terrible Alea jacta est-. La faniine, qui suivit l'incendie de leurs maisons, mit le comble à leur irritation et décupla leurs forces. Ils descendirent intrépidement dans la plaine. Nîmes, Beaucaire, Lunel, Vauvert, les virent et leurs œuvres aussi, car, pendant que Julien travaillait à son œuvre de destruction, ils incendiaient, tuaient, décapitaient, terribles dans leur colère, comme les torrents orageux de leurs montagnes, à l'époque delà fonte des neiges. Cavalier surprit une compagnie du régiment de la Fare, composée de quatre-vingts

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