Archives de la guerre, vol
2. Mémoires pour servir à Thist. du XVIIIe siècle, t. II, p. 522.
de Câlinât, qui jugèrent plus prudent de lui offrir une capitulation qu'un combat, Boëton accepta.*
C'est ainsi que se dissipa ce nuage, qui, en éclatant, eût donné à l'insurrection camisarde une force d'autant plus irrésistible , que l'Auvergne était prête à se soulever au cri de: Vive la liberté, comme les Cévenols s'étaient insurgés au cri de: Vive la liberté de conscience.
Un peu avant la mort de Du Cliayla,un homme d'un esprit ardent et aventureux conçut le hardi projet de faire rendre aux Français leurs libertés confisquées par le despotisme de Louis XIV; cet homme était catholique romain, et chose étrange! il était prêtre. On l'appelait l'abbé de la Bourlie, depuis si célèbre sous le nom du marquis de Guiscard. Cet ecclésiastique, du milieu des montagnes sauvages de l'Auvergne où il habitait, prêtait une oreille attentive à toutes les plaintes qu'on faisait contre le gouvernement; elles étaient graves, légitimes, nombreuses; le royaume était épuisé par les guerres et les folles prodigalités de la cour; les grands se partageaient sans honte les dépouilles et affermissaient la tyrannie en mettant leur gloire à être, non les serviteurs de l'État, mais les valets du roi. Les parlements ne rendaient plus des arrêts, mais des services. Si un homme de bien, comme Vauban, élevait la voix pour déchirer le voile qui couvrait une plaia si hideuse et si profonde, il était puni comme un criminel d'État. Le maître, pas plus que ses valets, n'aimait la vérité; sa voix l'eût importuné; toutes les avenues de sa résidence royale étaient donc fermées avec un soin jaloux aux plaintes et aux murmures. Qu'importait le reste de la France!... pourvu qu'à Versailles on menât joyeuse vie et que le maître ne perdît rien de sa sérénité! qu'importaient les larmes et les sueurs du peuple, pourvu qu'elles se transformassent en or, pour alimenter le luxe et le jeu de madame de Montespan!
La Bourlie, témoin de ce qui se passait, s'attacha à développer adroitement ces germes de mécontentement, et
1. Court, t. Il, p. 43. — Lettres choisies de Fléchier, lettre 146 du 2o octobre 17UJ. — Mémoires de Cava'ier. p. 299.
LÏVRE XUI.
n'eut pas de peine h faire comprendre à la gentilhommerie de province, dédaignée parcelle de Versailles, qu'elle ne devait négliger aucun moyen pour se faire rendre la considération à laquelle elle avait droit.
L'abbé, qui vivait au milieu de nouveaux convertis, qui subissaient, la rougeur au front et la rage au cœur, l'apostasie que la force leur avait imposée, leur insinua habilement qu'ils pourraient recouvrer leur liberté religieuse et les êtres chéris que l'exil, les galères et les cachots retenaient loin d'eux. li ne négligea aucun moyen de succès ; il s'adressa aux magistrats des tribunaux et des parlements voisins, et leur présenta comme appât, le relèvement de leur corps tombé dans un complet discrédit. Ils comprirent et promirent leur concours.
Quand l'abbé eut ainsi préparé les esprits, il s'adressa aux protestants les plus influents du Languedoc et leur proposa de faire une alliance solide avec les catholiques, afin que cette union rendît aux protestants l'édit de Nantes et à tous les Français leurs libertés civiles et politiques. Les protestants applaudirent à son plan; et dès lors, des émissaires parcoururent le Rouergue , l'Auvergne et les Cévennes, pour disposer les populations à un soulèvement général. Tout était prêt, La Bourlie allait donner le signal, lorsque éclata celui des Cévennes. L'abbé en fut profondément affligé, surtout quand il vit qu'il procédait par des meurtres et des incendies, ce Vous perdez votre cause et. notre cause, écrivit-il aux protestants; les catholiques, qui sont prêts à combattre avec vous, prendront les armes contre vous. » Sa voix ne fut pas écoutée ; et ainsi s'évanouirent les vastes projets de La Bourlie, qui s'enfuit à l'étranger; nous le retrouverons dans le cours de nos rercits.1
Deux nouvelles voiles parurent à la hauteur de Cette. Les Hollandais et les Anglais envoyaient des armes et des munitions aux camisards, mais les vaisseaux ne déposèrent pas leur chargement sur la plage. Ce fut encore pour les insurgés une espérance évanouie. Revenons à Julien, qui, des plaines de Nîmes, est remonté dans les hautes Cévennes, pour présider à son œuvre de destruction.