‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 224 sur 253 · LIVRE XLIII · texte numérisé non relu

LIVRE XLIII

Cavalier, fut-il gagné par Villars ou céda-t-il à la nécessité? Cette question est difficile à résoudre, tant les raisons , pour et contre , se balancent. Ceux qui soutiennent que le chef camisard céda à la nécessité, représentent sa position comme désespérée. «Au moment où il traitait, il n'avait, disent-ils, ni bagages, ni munitions, ni argent, sa troupe était affaiblie par la sanglante défaite de Nages; la contrée, où devait se continuer la guerre, était un véritable désert, et les populations protestantes, fatiguées de la guerre, étaient prêtes à se lever en masse contre lui à la voix de d'Aigaliers; ils ajoutent, enfin, que les troupes royales étaient commandées par un maréchal de France aussi profond politique qu'habile tacticien , et que le résultat de la lutte ne pouvait être douteux.»

Ceux qui soutiennent l'opinion contraire, disent que Cavalier se laissa séduire par les promesses de la cour et que la perspective d'un brillant avenir, dans les armées royales, lui parut plus belle que celle de continuer son métier hasardeux et si peu lucratif de guérillas huguenot.

Quant à nous, nous pensons que le chef camisard trouva dans sa position difficile moins une nécessité qu'un prétexte plausible pour signer un traité qui ne répondait nullement aux espérances de ceux qui avaient le droit d'attendre davantage après tant de sang versé. Notre opinion n'est donc pas favorable à Cavalier, qui manqua d'énergie morale et pensa à lui plutôt qu'à ses frères opprimés; sa position, quoique difficile, n'était pas désespérée, car, s'il eût essayé de tenir encore la campagne pendant une saison , il est probable que les efforts tentés par les États protestants eussent été couronnés de quelques succès; le pâtre de Ribaute se hâta trop ; il fit peut-être le saut périlleux pour des épaulettes de colonel, comme le Béarnais pour la couronne de saint Louis.

Cavalier prit congé de Villars , qui lui dit , en lui frappant sur l'épaule: «Adieu, seigneur Cavalier.» Une foule immense de curieux attendait le jeune chef camisard; il était monté sur un petit cheval , portait un habit couleur de café et une grande cravate de mousseline blanche. Il saluait gracieusement ceux qui se pressaient autour de lui, et affectait de montrer ses mains où brillait une superbe émeraude et de sortir une montre enrichie de diamants,

sous prétexte de regarder les heures. Catinat , le sabre nu et la tête haute , marchait devant lui , écartant la foule et jouissant du triomphe de son chef, ne doutant pas qu'il n'eût arraché à Villars le rétablissement de l'édit de Nantes.

A son arrivée aux portes de la ville, où l'attendait sa troupe, il fut accueilli avec enthousiasme par ses soldats, qui, instinctivement, entonnèrent le psaume 133 et se dirigèrent vers Saint-Césaire, où l'attendaient plus de cinq cents Nîmois qui lui offrirent , ainsi qu'à sa troupe , des rafraîchissements.

Pendant que Cavalier semblait tenir dans ses mains les destinées de ses frères, Roland remontait dans les Hautes- Cévennes et agissait comme s'il eût ignoré les négociations de son lieutenant. Au moment même où ce dernier conférait avec La Lande au pont d'Avènes, il faisait subir au colonel Combeville, à Forêt-Morte, près du château de LaDevèze, une sanglante défaite, dans laquelle ce chef fut tué , ainsi que plusieurs de ses capitaines. Un riche butin tomba entre les mains de Roland; les camisards, un moment abattus par l'affaire de Nages, reprirent courage.

Le triomphe de Cavalier n'était pas sans nuages. Il avait agi sans consulter Roland; il fallut cependant qu'il se décidât à lui écrire ce qu'il savait par le bruit public. Roland lui répondit qu'il acceptait le traité; mais il ajouta, comme pour dégager son acceptation que, quant à lui, il était résolu de mourir les armes à la main plutôt que de tomber dans les pièges de Villars, mais que, au reste, ils se verraient et conféreraient ensemble de tout et longuement.*

La réponse de Roland ne satisfit pas Cavalier , qui , lié par ses conventions secrètes, évita la présence de son chef et se dirigea vers Calvisson , où il attendit la réponse de la cour.

Cette petite ville, la capitale de la Vaunage, présenta pendant huit jours un aspect des plus pittoresques. Cava-

1. Nap. Peyrat, t. II, p. 154. — Sœur Damerez. — Cavalier. — Mémoires.

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