‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 226 sur 253 · L.lVttEi A LJ · texte numérisé non relu

L.lVttEi A LJ

Oie»

qu'on lui présentait et signa le traité1, traité qui, sans doute, hâta la fin de la guerre, mais qui fut plus humiliant pour Louis XIV que la plus grande défaite que le prince Eugène eût fait subir à ses armées. Le puissant et orgueilleux monarque n'avait ni vaincu, ni fait capituler; il avait traité d'égal à égal avec le jeune pâtre de Ribaute.

Après la signature du traité, Cavalier fut plus embarrassé qu'avant; il avait agi seul, Roland et Ravanel ne connaissaient pas même les principales dispositions du traité. Quant aux camisards, ils ne mettaient pas en doute que sa première condition ne fût cette liberté de culte pour la-

Îuelle, depuis vingt ans, leurs frères avaient tout sacrifié. 1 fallait maintenant leur annoncer que leurs temples ne seraient pas relevés et que sur la terre étrangère seule, ils auraient le droit de servir Dieu selon leur conscience.

Le châtiment de Cavalier était commencé: sous prétexte de rendre compte de sa mission à Roland, il alla le trouver près d'Anduze (21 mai 1704) et s'efforça de le persuader qu'il avait agi uniquement dans l'intérêt de la cause. Roland l'écouta avec beaucoup d'attention et lui dit: «Je ne signerai pas le traité. »

Cavalier, qui était encore sous l'ivresse de ses ovations , parla en maître à son chef. Roland, jetant un regard dédaigneux sur lui, lui dit : ce Tu es fou, tu oublies que je suis ton chef; tu as trahi tes frères et tu devrais en mourir de honte ! je ne veux plus avoir affaire à toi, car tu n'es plus qu'un vil agent du maréchal. Va lui dire que je suis résolu à mourir l'épée à la main jusqu'à l'entier et complet rétablissement de l'édit de Nantes »*

A ces mots, Cavalier bondit de colère et porta la main sur ses pistolets. Roland saisit les siens; leurs lieutenants s'interposèrent et calmèrent ce dernier, qui consentit enfin à ce que Salomon allât avec Cavalier trouver le maréchal pour modifier le traité et le rendre acceptable. Ils par-

ï. Nap. Peyrat, t. H, p. 165. — Voyez également Court — Brueys — Louvreleuil — Archives de la guerre — Mémoires de Cavalier.

2. Labaimie, liv. Iiï. — Cavalier. — Nap. Peyrat, t. II, p. 168. vi. 10

tirent. Arrivés à Nîmes, Cavalier exposa en peu de mots, à Villars, le résultat de ses démarches et laissa à Salomon la parole.

Le prophète ne fut pas intimidé par la présence du maréchal entouré de Bâville, de Sandricourt et de La Lande. Il lui parla en homme qui ne craint que Dieu et résuma ses demandes dans ces mots : «Rétablissement de l'édit de Nantes en échange de notre soumission. » 1

L'attitude Gère et énergique du prophète étonna Villars. Il s'emporta... Salomon demeura impassible. On se sépara brusquement. Cavalier et le prophète remontèrent sur leurs chevaux. Le premier alla à Calvisson, le second demeura à Nîmes.

Salomon, envoyant l'emportement de Villars, avait cru inopportun de lui présenter la lettre dont Roland l'avait chargé. Le lendemain, il pria La Lande de la lui remettre. «Général, lui dit-il en le quittant , sans liberté de conscience point de paix.

— Il serait cependant temps, après vos échecs multipliés, de vous rendre, lui répondit brusquement La Lande, dépêchez-vous...»

Le prophète, fixant son regard d'aigle sur lui, lui dit : «Les défenseurs ne manqueront pas à l'Éternel. Je monterai sur la montagne, et douze mille hommes se lèveront à ma voix2.» Il le croyait probablement. — La Lande haussa les épaules de pitié et de mépris et alla remettre au maréchal la lettre de Roland. Le chef des enfants de Dieu demandait l'élargissement des prisonniers , la délivrance des forçats, la restitution des biens confisqués, la diminution des impôts et le rétablissement de Pédit de Nantes3. II demandait ce que l'orgueil de Louis XIV ne lui permettait plus d'accorder.

Cavalier, en partant de Nîmes, était allé coucher à Langlade. Le lendemain 28 mai , il arriva à Calvisson , où sa troupe l'attendait avec une vive impatience; dès qu'on fut

Page 1